Outre-Sarine, ses livres sont des best-sellers, notamment Babyjahre, publié en 1993. Depuis quelques semaines, le pédiatre Remo Largo est associé à l'initiative zurichoise désireuse qu'une seule langue étrangère soit enseignée à l'école primaire et sur laquelle les citoyens se prononcent ce week-end.

Le Temps: Plusieurs études scientifiques ont montré que l'apprentissage des langues est plus efficace en bas âge.

Remo Largo: Je ne suis pas opposé à l'enseignement des langues en bas âge. Par contre, j'estime que les jeunes ne peuvent pas, avec deux heures par semaine pour chaque langue, obtenir une formation adéquate. Jusqu'à la puberté, soit vers 10-12 ans, les enfants ne peuvent pas apprendre une langue de manière analytique, avec des règles de grammaire. Il faut avant tout qu'ils l'entendent et se retrouvent dans un univers ambiant optimal. Ecrire des mots au tableau ne sert à rien. Un enseignement intensif et lié au quotidien est nécessaire à cet âge-là.

- Les partisans de l'initiative ont soulevé le «risque» d'une école qui, en insistant sur les langues, favorise les filles. Est-ce justifié à vos yeux?

- Oui. Les différences restent difficilement perceptibles si l'on se penche sur les études faites dans ce domaine. Par contre, elles se manifestent lorsqu'on considère la représentation des sexes au gymnase. Il y a actuellement 60% de filles et 40% de garçons, et le nombre de ces derniers continue de diminuer. En primaire, les filles sont plus appliquées et les garçons moins matures. De plus, la compétence en matière de communication est plus développée chez les filles. D'où leur aptitude à l'apprentissage des langues.

- Iriez-vous jusqu'à parler de discrimination? Alors que les filles ont longtemps été en nombre réduit au niveau du bac.

- Oui, on peut parler de discrimination. Je crois qu'aujourd'hui l'école est davantage pensée pour les filles. Elle correspond plus à leurs facultés. Aussi parce qu'au niveau du primaire l'enseignement est en grande partie assuré par des femmes. Les garçons sont souvent surchargés et ne veulent plus apprendre. Il serait préférable d'avoir une école qui permette à chaque enfant de focaliser son attention sur les branches avec lesquelles il se trouve en adéquation. Au lieu de lui imposer des domaines qui lui sont hostiles. Il est important de laisser une place aux langues, mais il serait dangereux de pénaliser des branches plus manuelles, ou les sciences naturelles, par exemple. Il faudrait rééquilibrer les chances.