éditorial

A quoi aurions-nous ressemblé sans les vaches?

ÉDITORIAL. En Suisse, les vaches se promènent dans nos champs, dans nos rêves d’enfants, sur nos murs, dans nos livres et sur nos logos, dans notre imaginaire. Presque sacralisées

Dans ce coin de pays, dans les souvenirs de chacun d’entre nous se promène une vache. C’est l’animal de bois du jeu de la ferme, le bovin violet au goût de chocolat, le santon corné de la crèche, l’odeur singulière de l’étable, la cruelle morsure de la clôture électrifiée, une Fête des Vignerons où l’on chante en costume, ce champ où l’on a couru à perdre haleine de peur de prendre un coup de corne, ces cloches qui le matin, trop tôt, nous réveillent, ou le papier découpé qui grimpe sagement vers des sommets noir et blanc. Et parfois, même, la vache rit.

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Les vaches se promènent dans nos champs, dans nos rêves d’enfants, sur nos murs, dans nos livres et sur nos logos, dans notre imaginaire. Certains humains, très loin d’ici dans le temps ou la géographie, les ont sacralisées. Drôles d’animaux, attachants, évidents, qui semblent toujours avoir été là.

«L’insistant et chatoyant fini»

«Les vaches sont utiles et certaines. Leur existence est un nombre infini de présents successifs», écrit Frédéric Boyer dans un étonnant petit livre intitulé Vaches, paru chez P.O.L en 2008. Penser que la vache existe quelque part rassure, réconforte. Inquiète éventuellement un peu. La vache n’en saurait-elle pas plus que nous sur le bonheur, elle qui «se borne au fini, à l’insistant et chatoyant fini»?

Certains, comme la famille Morard, dont nous vous racontons, dans ce numéro, l’épopée simple et immobile au plus près du ciel et du troupeau, sont revenus auprès des vaches. Là-haut, elles s’appellent Etoile, Fleur, Frégate, Hardie, Simone, Hémophile ou Gentiane. Elles ont chacune leur caractère, et elles inspirent à leurs gardiens des sentiments d’une tendresse profonde et émouvante. Il semble même que, à les côtoyer tous les jours, on ne puisse bientôt plus s’en passer.

Le sabot dans l’étable

En ce temps de symboles, de crèche et d’étable, la chaleur de ces bêtes, éprouvée ou rêvée, peut toucher tout particulièrement. Le bœuf et l’âne ont mis des siècles à rejoindre Noël, déjouant le silence prudent des textes canoniques à leur sujet. Mais dès qu’ils ont mis – grâce aux évangiles apocryphes – le sabot dans l’étable, ils n’ont plus quitté – dans les contes, les tableaux, les histoires – leur place au plus près du berceau.

Comme si l’on avait trouvé, dans la paix et l’innocence des bêtes, l’idée d’un paradis retrouvé. «A quoi aurions-nous ressemblé sans les vaches?» nous demande justement Frédéric Boyer.

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