Maïa Mazaurette est une journaliste et essayiste spécialiste des questions relatives à la sexualité. Deux fois par mois, elle livre au Temps son regard sur une question d'actualité.

Chroniques précédentes:

  1. A l’heure du virus, tous sous la couette?
  2. La pandémie, ou le retour en grâce du couple exclusif
  3. Faut-il semi-confiner sa sexualité?

Séduction, rencontres: à mesure que la situation sanitaire s’améliore, la vie reprend ses droits. Certes, les amateurs risquent de remettre l’organisation de «soirées libertines» à plus tard, et on n’ira pas tout de suite twerker en club jusqu’au bout de la nuit. Cependant… certaines options redeviennent d’actualité. Quelles options? Eh bien, tout dépend du scénario de sortie de crise…

La surcompensation

Dans ce scénario, les frustrations des dernières semaines ont mis les libidos sous pression: l’envie de rattraper le temps perdu, de faire des rencontres, devient irrépressible (on sait qu’en France neuf célibataires sur dix n’ont eu aucun rapport sexuel depuis le début du confinement). Sur le papier, la réémergence de la pulsion de vie est formidable. En réalité, cette explosion pourrait cependant se produire au détriment de la prudence la plus élémentaire (ce n’est pas le moment d’échanger des baisers langoureux avec de parfaits inconnus… ni d’attraper une grossesse surprise ou une infection sexuellement transmissible).

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Certaines associations de femmes s’inquiètent en outre d’hommes possiblement plus insistants que d’habitude, surtout si la réouverture des cafés et restaurants s’accompagne d’une alcoolisation massive. Le harcèlement de rue n’a pas disparu, les comportements prédateurs et les viols non plus… et si, dans les semaines et les mois à venir, certains se croyaient tout permis?

Le repli

Malgré une transmission du Covid-19 ne passant ni par le sperme ni par les sécrétions vaginales, il est peu réaliste d’imaginer qu’on puisse avoir des rapports sexuels avec une personne contaminée sans prendre un énorme risque. Et si le principe de précaution l’emportait sur le sentiment de liberté, de légèreté? C’est tout à fait envisageable, puisqu’une personne sur deux a vu son niveau de stress augmenter (selon une étude de l’Université de Bâle). Dans ce scénario, l’été pourrait bien se révéler morne et désexualisé – aux antipodes de la joyeuse érotisation à laquelle les vacances nous habituent. Notons que le port de masques ne risque pas non plus de favoriser la séduction (ou bien il faudra se montrer créatifs)!

La stabilité

Selon les chiffres dont on dispose, le confinement a eu un impact limité sur les pratiques réelles des couples. La fréquence sexuelle a légèrement baissé (seuls 25% des couples ont eu au moins deux rapports par semaine, contre 36% en temps normal). Les femmes, plus que les hommes, ont ressenti une chute de libido, mais dans des proportions raisonnables (19% des femmes, contre 11% des hommes). Les célibataires ont recouru plus largement à la masturbation (72% des hommes, 37% des femmes) et à la pornographie en ligne, (60% des hommes, 18% des femmes, enquête IFOP/Charles.co), mais on peut difficilement parler d’une nouveauté. Et si, finalement, rien n’avait changé?

En l’absence de boule de cristal, on peut toujours se tourner vers le déclaratif… or selon les statistiques françaises, c’est la stabilité qui semble, pour l’instant, se profiler à l’horizon. Seuls 4% des couples ont prévu de rompre et 7% s’autoriseront un petit break temporaire. Du côté des célibataires, ils ne sont que 10% à prévoir des rencontres sexuelles quand ils en auront l’occasion.

En conclusion? A priori, cet été 2020 ne devrait pas faire d’étincelles… Néanmoins, comme on l’a amplement constaté cette année, on n’est jamais à l’abri de scénarios surprenants.