Portrait

Rachel Polla, la tête et l’esthète

La Genevoise a pris la direction en 2016 de Forever Institut, fondé par son père. Et perpétue avec ses trois sœurs l’esprit d’une entreprise dédiée à la beauté et au bien-être

Elles sont souvent appelées «les quatre filles du docteur Polla». Les sœurs Cyrille, Ada, Roxane et Rachel sont devenues en 2013 actionnaires majoritaires de Forever Institut, fondé en 1997 par Luigi Polla, leur père. Mais c’est Rachel qui dirige depuis 2016 l’entreprise, sans pour cela que l’esprit de belle équipe qui anime le quatuor en soit entamé, bien au contraire. «Quand nous étions petites, nous étions en fait sept à table, mes parents, les quatre filles et un cinquième enfant: l’entreprise», aime à rappeler Rachel. Une histoire familiale et entrepreneuriale qui continue à s’écrire sans aspérité.

Au commencement, il y a donc Luigi Polla, dermatologue de renommée mondiale qui fut le premier médecin à introduire la technologie des lasers pulsés en Europe, notamment le laser à colorant pulsé pour traiter des enfants souffrant de graves lésions vasculaires. Luigi Polla lance ensuite le premier centre de médecine esthétique et d’épilation laser en Suisse. Il se trouve rue du Rhône, à Genève.

Pour réussir, il faut s’entourer de gens meilleurs que soi

Un ascenseur ouvre sur une lumière douce, éclairage subtil en gouttes de lumière, un décor dépouillé, une ambiance feutrée. Sentiment diffus de bien-être. Des médecins, infirmier(ère)s et esthéticiennes s’affairent sur deux étages et 600 m². Près d’une trentaine de collaborateurs en tout. «Pour réussir, il faut s’entourer de gens meilleurs que soi», résume Rachel Polla. A l’exemple de la doyenne des employé(e)s, toujours en activité à l’âge de 80 ans (et «qui est un puits de science»), ou du président de son conseil d’administration, Gilles Boss, un entrepreneur dans l’industrie medtech.

Affaire de famille

Ada, qui est installée à Washington, dirige Alchimie Forever (produits dermo-cosmétiques); Cyrille s’occupe du marketing et de la communication; Roxane, qui poursuit son internat en chirurgie vasculaire, est médecin comme Luigi; et Barbara Polla, la maman – qui par ailleurs fut conseillère nationale –, est écrivaine et une galeriste réputée. «Mon père chiffre à 16 le nombre total de ses années d'études, ça m’a refroidie, j’ai fait plus court», sourit Rachel.

Dans une famille, il y a toujours la rebelle. Chez les Polla, c’est elle. Elle se passionne pour les relations internationales, étudie à l’Université de Genève, décroche une licence. Puis est recrutée par UBP (Union Bancaire Privée) où elle se familiarise avec les rouages financiers et devient, entre autres, rédactrice en chef du journal de l’entreprise. En 2015, le conseil d’administration de Forever Institut lui propose de prendre le poste de directrice. Elle dit aujourd’hui qu’elle savait que son avenir était forcément lié à l’entreprise familiale «parce que c’est dans mes gènes». Cette fonction à haute responsabilité l’emplit d’aise. Luigi Polla avait été un précurseur: de la même façon, sa fille Rachel innove.

Techniques de pointe

La gamme de prestations de l’entreprise s’est enrichie et des équipements à la pointe sont au service de nouveaux traitements. Comme la technique du Nanofat, pratiquée en exclusivité en Suisse chez Forever Institut. «Elle consiste à puiser dans les ressources de son propre corps pour rajeunir la peau. De la graisse du patient est extraite sous anesthésie locale et ces éléments biologiques régénérants sont réinjectés. La zone traitée s’auto-régénère naturellement et progressivement», développe Rachel Polla. Intervention qui corrige les effets du temps et du vieillissement.

Les gens aiment à prendre soin d’eux, cela n’a rien de superficiel

Forever Institut a également introduit en avant-première suisse le laser PicoSure, développé aux Etats-Unis, qui est une innovation de taille notamment dans le domaine du détatouage. «On pose en général un tatouage pour la vie mais il arrive que l’on ait envie de l’effacer parce que c’est une erreur de jeunesse, qu’un prénom n’a plus lieu d’être, que le motif ne plaît plus. On reçoit de plus en plus de monde», explique Rachel. Le souci est que le laser traditionnel laisse des traces, des couleurs comme l’orange, le violet ou le turquoise résistent au traitement. Le nouveau laser émet une impulsion efficace sur toutes les couleurs et les encres tenaces. Le traitement est long, parfois plus d’une année à raison de trois à dix séances.

«La médecine esthétique est encore taboue»

La clientèle de Forever Institut est à 85% féminine mais les hommes sont de plus en plus nombreux à prendre rendez-vous. «Mon ambition est de masculiniser davantage notre équipe», indique Rachel Polla. La médecine esthétique est encore taboue, une spécialité réservée aux nantis, dit-on. La famille Polla tente de casser les codes. L’ouverture en 2017 à Lausanne d’un nouveau concept boutique répond à ce souhait de démystifier la médecine esthétique et de la rendre accessible à un plus grand nombre. «Les gens aiment à prendre soin d’eux, cela n’a rien de superficiel. Ils font des choix, économisent pour s’offrir des soins», confie Rachel. Le coût d’injections antirides commence à 500 francs, celui d’une épilation laser va de 60 (oreilles) à 1000 francs (aisselles, maillot, jambes complètes), un soin du visage dans les 200 francs. «La recherche de l’harmonie est au cœur de l’esthétique», résume Rachel Polla. Bel adage.


Profil

1982 Naissance à Genève.

1997 Son père crée Forever Institut.

2009 Naissance de sa fille Sasha.

2016 Nommée CEO de Forever.

2017 Les sœurs Polla ouvrent Forever Boutique à Lausanne.


Nos portraits: pendant quelques mois, les portraits du «Temps» sont consacrés aux personnalités qui seront distinguées lors de l’édition 2019 du Forum des 100. Rendez-vous le 9 mai 2019.

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