Deux vidéos problématiques pour les footballeurs Ousmane Dembélé et Antoine Griezmann circulent sur les réseaux sociaux depuis ce samedi 3 juillet. On y découvre les joueurs en train de tenir des propos insultants et d’avoir un comportement raciste envers les personnes asiatiques. Une attitude qui a provoqué un déferlement de réactions sur internet, notamment sur Twitter.

En France et en Espagne, où jouent les deux stars du ballon rond, le hashtag #StopAsianHate, qui dénonce le racisme anti-asiatique, a aussitôt été relancé. Mais les propos tenus ont blessé bien au-delà du continent européen. Au Japon, les vidéos accompagnées de sous-titres ont été largement relayées. 侮辱発言 – «paroles offensantes» en japonais – s’est retrouvé en tête des tendances ce lundi 5 juillet. La raison? Les justifications des joueurs français ce jour-là ont fait plus de mal que de bien.

«Je réfute»

Sur la première vidéo, qui aurait dû rester privée, les deux hommes se trouvent dans une chambre d’hôtel et souhaitent entamer une partie de Pro Evolution Soccer, un jeu vidéo, mais l’installation semble ne pas fonctionner. «Toutes ces sales gueules pour jouer à PES mon frère», commente Ousmane Dembélé, en train de filmer les techniciens japonais venus à l'aide. Il poursuit en rigolant: «Oh putain, la langue! Ben alors vous êtes en avance ou vous n’êtes pas en avance dans votre pays?» Dans cette séquence, son coéquipier Antoine Griezmann est assis en tailleur sur le lit, le regarde, sourit et rit à son tour. La vidéo remonte à 2019, quand les joueurs étaient venus au Japon lors de la tournée d’été du FC Barcelone.

La seconde vidéo sortie de l’ombre provient d’un montage réalisé par la chaîne officielle du Barça elle-même. On y voit, et entend, Antoine Griezmann imiter de manière caricaturale la langue japonaise et s'en amuser.

Devant la polémique qui enfle, hier lundi 5 juillet, les joueurs ont donc décidé de répondre. Egalement sur les réseaux sociaux. Tous les deux nient tout racisme anti-asiatique. Dans son message partagé sur Instagram, l’ancien Rennais écrit: «Il se trouve que la scène se passe au Japon, elle aurait pu se dérouler n’importe où sur la planète, j’aurais utilisé les mêmes expressions. Je ne visais donc aucune communauté.»

Le numéro 7 des Bleus s’est quant lui exprimé sur Twitter. Il déclare: «Certaines personnes veulent me faire passer pour l’homme que je ne suis pas. Je réfute avec fermeté les accusations qui me sont portées.»

S’excuser au Japon, c’est bien plus que signifier par de simples mots ses regrets ou sa désolation. C’est admettre sa faute ou erreur, le fait que cela a affecté ses proches ou la société et signaler que nous entamons une réflexion sur ce qui n’a pas fonctionné. C’est un gage de responsabilité et d’humilité. Au Japon, les célébrités, les entreprises et même le gouvernement formulent régulièrement des excuses publiques.

La culture du pardon imprègne jusqu’aux moindres gestes du quotidien. Ainsi, si quelqu’un vous tient la porte ou s’écarte de votre chemin, l’usage veut que vous lui adressiez un «sumimasen», qui se traduit par «désolé», «excusez-moi», «merci» ou «s’il vous paît» tout en reconnaissant l’effort déployé pour vous aider.

Alors quand Antoine Griezmann termine sa communication au conditionnel en écrivant «Je suis désolé si j’ai pu offenser mes amis japonais», ou qu'Ousmane Dembélé achève la sienne en excluant l’ensemble des personnes offensées avec la formule «je conçois qu’elle (la vidéo) ait pu heurter les personnes présentes sur ces images. De ce fait, je leur présente mes excuses», les «excuses» sont difficiles à accepter.

C'est le cas, par exemple, de l'acteur japonais Akihiro Kitamura. Celui-ci lui a rappelé que «ching chong» est une expression particulièrement raciste. «Vous pouvez penser que ce n'est pas grave, mais ça l'est […] Le racisme commence par ça: l'ignorance.»

Sous la contrainte

D’autant plus que le numéro 7 n’en est pas à sa première polémique. Il a déjà été filmé en train de plisser les yeux et de parodier l’accent japonais. En décembre 2017, il a également diffusé une photographie de lui déguisé en un joueur afro-américain de basket de la NBA, son corps et son visage recouverts de maquillage. Un «blackface» décrié par les internautes qui l’avaient contraint à s’excuser.

Selon le journal L’Equipe, c’est cette fois-ci encore contraints et forcés que les footballeurs ont formulé leurs messages, sous la pression du Barça et de son principal sponsor depuis 2016: Rakuten, le géant japonais du commerce en ligne.

C’est peut-être la journaliste de FranceInfo, Linh-Lan Dao, qui résume le mieux la situation sur Twitter: «On peut toujours s’autoproclamer non raciste, et s’excuser […] Mais cela n’empêche pas de tenir des propos racistes, d’agir de façon raciste. Et d’avoir beaucoup de […] remises en question à pratiquer. Le racisme n’est pas qu’une idéologie postulant une hiérarchie des races. II désigne aussi «une attitude d’hostilité, allant du mépris à la haine, à l’égard d’un groupe humain défini sur la base d’une identité raciale ou ethnique.» […] Je leur demande d’admettre que malgré leur statut prestigieux, le fait qu’ils soient eux-mêmes racisés ou entourés de personnes racisées, ils ne sont pas à l’abri de la bêtise».