Affaires intérieures

Ralentissement

De nouvelles consignes de sécurité sont préconisées contre les accidents médiatiques et bancaires: le Slow News Movement, et bientôt le Slow Banking

Voici qu’arrive des Etats-Unis le Slow News Movement, l’équivalent média du Slow Food alimentaire. J’applaudis, ralentir est de mon âge. J’adhère spontanément à l’éthique d’une information prudente, solide, circulant dans les règles et s’arrêtant aux feux rouges pour éviter d’écraser la réputation des passants. Le journalisme lent ne courtise pas le scoop, son temps se mesure en mois et non en minutes. La Slow Journalism Company, éditrice du magazine trimestriel Delayed Gratification («Plaisir différé») se pose par exemple en «antidote aux médias jetables» et se vante de «revenir sur les événements après que la poussière soit retombée». De même, le Huffington Post fait du Slow News la ligne de conduite de son nouvel hebdomadaire sur iPad.

Je me réjouis que des professionnels se penchent sur la sécurité de notre environnement médiatique. Le journalisme durable est ce qui manquait encore à la planification de notre survie démocratique. Est ainsi proclamé qu’une information juste et bien analysée est plus avantageuse sur le long terme qu’une information balancée en primeur mais fausse dans l’heure d’après. Comme a été proclamé il y a trente ans que prendre son temps pour bien manger vaut mieux qu’avaler des saletés à longueur de journée.

Le bon journalisme et le bien manger, qui étaient des aspirations de base – quoiqu’inégalement réalisées – dans les salles de rédaction et les cuisines, sont maintenant hissés au statut de charte. Et parce que la précipitation a été érigée en système, la lenteur est dorénavant la clé de lendemains réussis. Comme disait Shelley, nous voulons la faculté créative d’imaginer ce que nous savons.

On attend pour bientôt le Slow Banking. Je tiens de source sûre qu’il s’agirait d’une circulation de l’argent entre investisseurs et utilisateurs, ralentie au rythme des besoins en crédit. Les banques contrôleraient leur découvert et une puce électronique serait accrochée aux traders de moins de 30 ans pour limiter la vitesse de leurs opérations. Le projet étant inachevé, je n’ai pas eu le droit de le consulter entièrement.

Dans certains pays, comme la Suisse, il n’y a pas besoin d’un Slow Politics Movement. Quand il s’agit de redistribuer et d’allouer l’argent qui a été gagné à toute vitesse, la décision est d’une lenteur plus qu’humaine. Il n’y a pas de compétition entre les acteurs, sinon à l’envers, comme dans le magazine Plaisir différé: agir sur les besoins après que la poussière s’y est posée. Anticiper le moins possible. Ne pas annoncer l’armistice quatre jours avant qu’il ait eu lieu, comme l’avait fait l’agence United Press le 7 novembre 1918, trop pressée pour attendre le 11 novembre.

En politique, le temps gagné n’est pas de l’argent. Donc le temps perdu non plus. Le temps du pouvoir ne se mesure pas en unités économiques mais en périodes électorales. Plus la délibération est lente, plus elle est créditée de sérieux. Le principe du mûrissement est ici cardinal. Certains vont jusqu’à affirmer qu’on reconnaît un bon politicien au fait que, lorsqu’on le rencontre dans un escalier, on ne sait pas s’il monte ou s’il descend.

Des critiques surviennent par moments, qui réclament une accélération des décisions. Je comprends toutefois leur réticence à promouvoir une Fast Politics, elle sentirait tout de suite l’huile fatiguée.

Le journalisme durable est ce qui manquait encore à la planification de notre survie démocratique

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