Dans cette chronique, c’est vrai, on se moque d’eux. Mais c’est parce qu’on les aime comme personne, ces petits adultes en devenir. 

Episode précédent

- On va randonner.

- On va quoi?

- Randonner. Marcher en montagne.

- Pourquoi?

- Pour respirer l’air frais et regarder le paysage.

- Mais pourquoi!?

Nous étions déjà entre 3 et 5 millions à pratiquer la randonnée. Cet été, pour la raison que vous savez, nous serons encore plus nombreux. Sur les sentiers, contre leur gré, il y aura forcément des enfants. Il faudra les séduire, ou au moins les convaincre, parce qu’eux seuls pourront se traîner jusqu’au sommet et en redescendre. Leur donner la main, oui. Les tirer par le bras? Un peu. Mais à 20, 30 ou 40 kg pièce, vous ne pourrez pas les porter.

C’est donc dans leurs jambes et surtout dans leur tête que tout va se jouer. Trois, quatre, cinq heures de marche dans la journée, c’est au bas mot une dizaine de stratagèmes à inventer. Pêle-mêle, il y a le bâton (de randonneur), la carotte (le pique-nique), la collecte de cailloux, les devinettes, le ni oui ni non… Il y a aussi les chansonnettes. Dont celle qui revient toujours dans ces circonstances. Vous êtes-vous d’ailleurs déjà demandé combien de vrais kilomètres pouvait durer la chanson «1 kilomètre à pied, ça use, ça uuuse…»? Clairement moins de 1 kilomètre.

Lire aussi: Les dangers somnolents de la randonnée

On peut aussi faire miroiter des rencontres avec des animaux. Mais prévenez les petits. On parle davantage de papillons, de moutons et de vaches que d’éléphants et de lions. Eventuellement de chamois et de marmottes, s’ils n’ont pas fui devant les décibels de crécelle.

Sur les sentiers, il existe un autre stimulant: les panneaux jaunes. Lorsqu’ils apparaissent au loin, ils provoquent le même effet que chez un coureur qui aperçoit la ligne d’arrivée d’un marathon: une improbable mais logique accélération. Preuve aussi que le jus ne manque pas, malgré les complaintes.

Certains de ces panneaux indiquent le temps restant jusqu’à l’objectif; la cabane; l’alpage; le Rivella; le cornet à la crème. Encore deux heures de marche? Au rythme d’un adulte. A celui d’un enfant, ça fait trois troupeaux de bovins, une centaine de devinettes ou une trentaine de cailloux. C’est lourd.