Des semaines d'entretiens préparatoires, des visites sur différents sites et quelque 80 témoignages publics en six semaines d'audiences ont abouti à un rapport de 400 pages, rédigé par la commission d'enquête parlementaire sur le crash d'un avion d'El Al, en octobre 1992, dans le Bijlmer, un quartier périphérique d'Amsterdam.

Six ans et demi après la chute d'un Boeing cargo sur une barre d'immeubles, faisant au moins 43 morts et de nombreux blessés et traumatisés, la commission a permis de résoudre quelques-uns des mystères qui se sont accumulés. Le rapport met également en cause certains ministres et fonctionnaires. Toutefois, des énigmes restent sans réponse. Et tout porte à croire qu'il en restera ainsi.

Que sait-on de plus à la lecture du rapport?

Depuis plusieurs années, environ 850 habitants du Bijlmer ou sauveteurs des premières heures se plaignent de maux mystérieux. Après bien des atermoiements, le gouvernement a lancé une étude. Il en ressort qu'une quinzaine d'entre eux sont atteints de déficiences du système auto-immunitaire. La commission conclut qu'il «existe un lien direct entre le crash et ces problèmes», sans pourtant identifier les causes avec précision. «Un avion, c'est vingt tonnes d'amiante, des soutes pleines, de l'aluminium, des couches de peinture, etc. Qui sait quels composants chimiques se dégagent d'un gigantesque incendie comme celui qui s'est déclaré après le crash», explique Théo Meijer, président de la commission. Celle-ci reproche à Els Borst, ministre de la Santé, de n'avoir pas pris au sérieux les plaintes des malades: «Cela a eu pour effet d'accroître les problèmes et la sévérité des symptômes constatés.»

Les enquêteurs renvoient au royaume des fables la présence de mystérieux hommes en blanc non identifiés sur le site, le soir du crash: «Il n'y a pas eu de membres des services secrets étrangers». Certains témoignages ont également mis en lumière le fait que la compagnie israélienne bénéficie d'un statut spécial sur l'aéroport de Schiphol: douaniers et policiers savaient qu'ils ne devaient pas regarder de trop près les chargements transportés par les avions d'El Al.

Depuis le crash, une vingtaine de tonnes de fret restaient non identifiées. Quelques jours avant la fin des auditions, la commission a récupéré, avec beaucoup de mal, les papiers manquants en provenance d'une filiale américaine d'une société israélienne. Questions: comment quelques individus ont-ils réussi là où le gouvernement a échoué pendant tant d'années? Peut-on être certain de l'authenticité des papiers, lorsque l'on sait que l'avion transportait entre autres les produits de base à la fabrication d'un gaz dangereux, le sarin? Sur ce dernier point, la réponse de Théo Meijer est claire: «Nous avons croisé les informations. Aucun doute n'est possible.»

En revanche, la commission n'a pas résolu quelques énigmes de poids: comment se fait il que la boîte contenant les enregistrements des voix du cockpit (VCR) a disparu, alors que l'avion s'est écrasé sur la terre ferme et que l'on a retrouvé la boîte noire contenant les données de vol? Comment expliquer la différence entre les enregistrements radar de la tour de contrôle et ceux recueillis, justement, dans la boîte noire? Vincent Dekker, un journaliste qui fut l'un des premiers à pointer du doigt nombre d'incohérences dans ce dossier, reste persuadé qu'il y a eu falsifications «pour éviter de mettre en cause les contrôleurs du ciel qui ont indiqué à l'avion en difficulté une route le faisant passer au-dessus de barres d'immeubles».

«Faire la vérité et tirer les leçons pour le futur»: telles étaient les objectifs de la commission d'enquête parlementaire. Mission en partie accomplie. Quant aux leçons, la balle est maintenant dans le camp des ministres mis en cause. Principalement Els Borst, Annemarie Jorritsma, aux Transports, et Wim Kok, le chef du gouvernement, qui a joué un rôle «trop passif» et «en décalage avec sa fonction».