Le réchauffement climatique aura des effets négatifs sur toutes les régions du monde au-delà d'une hausse des températures de 2 à 3 degrés par rapport à 1990. Et, s'il n'épargnera personne, il frappera d'abord les populations les plus pauvres de la planète. Telles sont les conclusions majeures de la conférence du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) qui s'est tenue de lundi à vendredi à Bruxelles.

Créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l'environnement dans le but de rassembler la meilleure expertise possible sur l'évolution du climat, le GIEC a choisi 2007 pour publier les différents volets de son 4e rapport. Il a ouvert les feux en février dernier à Paris, en faisant le point sur la réalité physique du réchauffement, qu'il a prédit en augmentation de 2 à 4 degrés d'ici à la fin du siècle. Ce début avril, il a poursuivi son travail en abordant un deuxième chapitre, tout aussi essentiel: les effets du changement climatique sur les conditions de vie de l'humanité.

La conférence de Bruxelles a eu pour tâche de réduire à un bref document, dit «résumé à l'intention des décideurs», le rapport de 1572 pages rédigé sur la question par la communauté scientifique. Une mission de la plus haute importance puisqu'il s'est agi, ni plus ni moins, de formuler le message qui sera entendu, en dehors du cercle des initiés, par le grand public et les responsables politiques. Une tâche tellement sensible qu'elle a été menée conjointement par des scientifiques et des politiques, soit par les cinquante principaux auteurs du rapport et par 285 délégués de 124 pays. Et qu'elle requiert chaque fois l'unanimité des Etats.

Les débats, qui ont eu lieu à huis clos, ont souvent été véhéments. Vendredi matin, après une nuit entière passée à négocier, certains participants ont bien cru, d'ailleurs, qu'ils ne parviendraient pas au bout de leurs peines. Et certaines voix ont alors annoncé un report des discussions au mois de juin. Ultime manœuvre? Deux heures plus tard, tout était rentré dans l'ordre et la conférence pouvait conclure.

«Les discussions ont été plus difficiles à Bruxelles qu'à Paris il y a deux mois, reconnaît le chef de la délégation suisse, José Romero. Cela est dû en partie à la nature des questions abordées. Nous sommes passés de la physique, qui émet des résultats assez sûrs, à la biologie, qui explore des systèmes extrêmement complexes. Ensuite, nous avons brassé une quantité énorme d'informations pour traiter des domaines aussi divers que les systèmes hydrauliques, le plancton et la santé humaine. Enfin, les enjeux étaient cette fois très concrets. Il a été question de produit intérieur brut. Et là, chaque formulation peut se payer comptant.»

Le constat dressé par le GIEC n'en est pas moins alarmant. «Il aurait pu l'être davantage, confie sous le couvert de l'anonymat un délégué occidental. La règle de l'unanimité impose de s'en tenir au plus petit dénominateur commun.»