«Chacun a sa manière de concevoir ramadan. A une de mes clientes, une Marocaine très élégante, teinte en blond, d'autres musulmans ont expliqué l'autre jour qu'elle jeûnait pour rien, vu quelle n'était pas voilée. Moi, bien que je sois chrétien, je fais le ramadan comme une sorte de yoga, pour ressentir ce que l'autre ressent, pour me sentir appartenir à une communauté. Le jeûne est un geste qui crée un lien, il permet de se sentir solidaire, aux quatre coins du monde et au-delà des immenses différences qui existent entre un Ethiopien, un Malais ou un Libanais. C'est une communauté émotionnelle globalisée, en somme!

Solidaires de quoi? D'une certaine conception de la vie. Elle est peut-être la même que celle d'un chrétien ou d'un bouddhiste, mais je trouve ce rituel-là particulièrement convaincant. Le mois de ramadan est celui de la cohésion et de la générosité, on laisse tomber le superflu et les rapports humains sont réduits à l'essentiel, comme sublimés.

J'ai commencé à Beyrouth, où chrétiens et musulmans étaient représentés à 50-50%. Mes amis jeûnaient et, à l'adolescence, j'ai voulu essayer avec eux. C'est toute une ambiance, il y a le réveil à l'aube au son du tambourin dans la rue, les tables kilométriques dressées au bord de la mer, on se sent entre amis, on est bien. Les chrétiens du Liban ont aussi leur jeûne avec le carême, mais le ramadan, c'est plus sympa….

En arrivant en Suisse, j'étais un peu dérouté.

Puis j'ai repris ce magasin, mes clients fêtaient le ramadan, je me suis dit: je vais continuer la tradition, pour rester dans l'ambiance. Le premier effet du ramadan aujourd'hui sur moi, c'est peut-être celui-là: réveiller les souvenirs…»