De toute évidence, s’il n’existait pas dans l’archipel helvétique, il faudrait l’inventer. Le Valais. Terre de convoitises multiples, illustrées ces temps par la virulence des débats à propos de l’initiative sur les résidences secondaires, et les conséquences de son acceptation. Aussi, une région pourvoyeuse de figures, d’un promoteur patron de club de foot maniant le tutoiement comme une arme, jusqu’à un commandant de police embêté par un caillou (turc) dans sa chaussure. Et le canton a des ressources. Pas seulement territoriales ou viticoles (lire ci-dessus): pensons à l’institution baptisée «Médiathèque Valais».

Sur son site internet, chacun peut poser une question d’ordre patrimonial. Au registre «linguistique, littérature», on trouve ainsi cette requête angoissée: «Pouvez-vous me confirmer que le mot «rard», rencontré dans un texte notarial du XIXe siècle dans le district de Sierre, désigne un pâturage de médiocre qualité. Merci.»

Les experts de Médiathèque Valais ont eu besoin de temps, mais ils ont répondu: «Il semble donc qu’il soit possible de répondre par l’affirmative à votre question.»

Documentée, leur explication cite entre autres une Histoire des forêts mentionnant «rard», ou «raz», qui évoque une forêt clairsemée servant de pâturage. Un lexique du parler de Savièse parle de «raa», pour désigner, là aussi, une clairière.

En arpentant l’article «rare» du Grand Robert, on tombe sur cette occurrence: «(1555, latinisme, sens primitif de l’adj. rarus). Peu serré, peu dense.» Voilà qui sonne sierrois. Par exemple, une terre avare, au moins dans certaines zones. Mais précieuse.