Noël convoque une imagerie de sapins enguirlandés, de montagnes de cadeaux à leurs pieds, de familles réunies, de dinde aux marrons et de chansons douces. C’est une sorte de standard, ou peut-être d’idéal. Beaucoup, pourtant, revendiquent d’autres manières de procéder et inventent de nouveaux rituels. Le Temps a recueilli les témoignages de cinq personnes pour qui les festivités seront un peu différentes.

Loin de la dinde farcie ou de la fondue chinoise (un classique de Noël en Suisse), Sarah Chevallay rêve de tofu et de pois chiches. Cette année, elle et sa mère ont convaincu toute la famille de relever le défi d’un Noël gourmet et sans produit animal. Témoignage.

«Je suis végane depuis un an, c’est-à-dire que je n’utilise aucun produit animal, ni dans l’alimentation, ni dans mes accessoires ou vêtements. Avant cela, j’ai été végétarienne pendant douze mois environ. J’ai décidé d’arrêter de manger de la viande après ma matu. J’en mangeais peu, mais chaque fois cela me provoquait des maux de ventre ou des nausées. J’ai alors commencé à réfléchir à la nécessité d’en consommer et au fait de tuer des animaux, et j’ai préféré stopper. Je continuais par contre à manger du fromage ou des œufs. L’association PEA, Pour l’égalité animale, organise en novembre un mois végane; c’est à ce moment-là que j’ai été sensibilisée et que j’ai décidé d’aller plus loin. Je suis aujourd’hui membre de Veggie Romandie, mais au départ, les véganes me semblaient trop extrémistes. C’est lorsque j’ai appris que, pour fournir du lait aux consommateurs, on séparait les veaux de leur mère que j’ai franchi le pas. Et ma mère m’a suivi!

«Tout est véganisable»

Ce n’est pas compliqué, il faut juste changer ses habitudes. Tout est véganisable. Par exemple, mixer des noix de cajou, du sel et des paillettes de levure remplace très bien le parmesan. A Noël dernier, nous étions invitées chez l’un de mes oncles. Ma mère et moi avons apporté un seitan en sauce – c’est une sorte de substitut de viande à base de protéines – et avons mangé les légumes cuisinés par ma famille. Pour le dessert, ma tante avait prévu une salade de fruits en plus des gâteaux, exprès pour nous. Ils ne se sont pas sentis offensés, je crois que cela les a plutôt fait rire.

Les seuls qui ne comprennent vraiment pas sont mes grands-parents; ils disent que la viande est bonne pour la santé et qu’on a toujours fait comme ça! Mais c’est quand même eux qui m’ont offert mon premier bouquin de cuisine végane…

La concession de la raclette?

Cette année, Noël se passe chez nous. Il y aura mes grands-parents, mes oncles et tantes, mes cousins. Ma mère a demandé à tout le monde si un Noël végane était envisageable. Elle s’attendait à devoir faire des concessions, genre une raclette, mais tous ont accepté sans problème. Je crois qu’ils sont plutôt curieux de vivre cette expérience. Nous sommes devenues une petite attraction dans la famille! Notre but est évidemment de faire le mieux possible pour leur montrer qu’on peut manger très bien en étant végane. Une partie de la famille nous a déjà accompagnés à un «vrunch», un brunch végane, et a été étonnée d’apprécier autant la nourriture. Les gens pensent souvent que nous mangeons ultrasain et un peu fade, que nous sommes tous anorexiques! Mais pas du tout; on peut manger gras, on peut même manger du fast-food végane.

Le menu de dimanche

En entrée, nous prévoyons du «faux gras», c’est une recette qui imite le foie gras, à partir de tofu (voir ci-dessous). Il y aura aussi des tapenades, du hummous à la betterave ou encore des mousses aux herbes. Pour le plat principal, nous hésitons à faire de la «viande». Moi j’aime beaucoup les boulettes Ikea et j’ai une recette qui les reproduit très bien. Je l’imagine avec une sauce aux champignons, des légumes du marché et de la purée. Nous ne cherchons pas à tout prix à reproduire le goût ou l’aspect de la viande, mais j’ai un faible pour ces boulettes!

Quant au gâteau, c’est mon rayon. Je pourrais cuisiner une forêt-noire, avec de la crème de soja, ou un framboisier. Le but n’est pas de convaincre ma famille de faire le pas, mais évidemment, ce serait génial. Pour la planète, pour les Africains qui ont faim, pour les animaux, car tout est finalement lié.»


La recette du «faux-gras» de Sarah Chevallay

200 gr de tofu fumé
60 gr de margarine
2 gr de 4 épices (poivre, muscade, girofle, cannelle)
2 gr de poivre noir
2 gr de sel
50 ml de vin blanc (que l’on peut remplacer par du vinaigre)

- > mixer le tout

200 ml de lait de soja
2-3 gr d’agar-agar
3 gr de cèpes en poudre
30 ml de Cognac (facultatif)

- > porter à ébullition pendant une minute

Mélanger le tout et ajouter 1 cs d’huile de truffe.

(Inspiration: VG Zone).


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