Titre: «Le réchauffement global est devenu une arme de destruction massive.» Sous-titre: «Il tue davantage que le terrorisme, mais Blair et Bush ne font rien.» L'auteur de ces lignes vengeresses, parues hier dans le quotidien britannique The Guardian, n'a pas seulement le sens de la formule. Il est aussi l'un des plus éminents spécialistes du climat en Grande-Bretagne. Sir John Houghton est l'ancien directeur du «Met Office», les services météorologiques. Il a également vice-présidé le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC, IPCC en anglais) de l'ONU, l'organe chargé de faire le point sur les connaissances en matière de réchauffement.

Dans son éditorial, le scientifique qualifie de «manque de leadership monumental» la politique de George Bush en la matière. Il n'est guère plus tendre envers le premier ministre britannique, accusé de complicité. «Si les politiciens ont un devoir prépondérant, c'est celui de protéger la sécurité de leur population, écrit le chercheur. C'était d'ailleurs pour protéger la sécurité des Britanniques des armes de destruction massive de Saddam Hussein, selon le premier ministre, que ce pays est parti en guerre en Irak. Or notre sécurité à long terme est menacée par un problème au moins aussi grave que les armes chimiques, nucléaires ou biologiques, ou même que le terrorisme international: le changement climatique d'origine humaine.»

Le spécialiste recense quelques événements extrêmes récents: 562 tornades ont fait 41 victimes en mai aux Etats-Unis; les températures d'avant la mousson ont atteint des sommets de 49 degrés au sud de l'Inde, provoquant la mort de plus de 1500 personnes. «Personne ne peut attribuer avec certitude un événement météorologique donné au réchauffement global, reconnaît le chercheur, mais des maxima de température plus élevés font partie des impacts les plus prévisibles d'un réchauffement accéléré.»

«Sir John» ne se contente pas de constater l'«urgente nécessité» de réduire drastiquement les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il propose également une base à une «négociation internationale fructueuse»: fixer une limite pour les émissions mondiales, partager le tout entre les pays proportionnellement à leur population, et enfin permettre le commerce des quotas d'émission. Pour le scientifique, cette proposition rallierait la plupart des pays en développement. Elle échapperait également à l'une des principales critiques des Etats-Unis au Protocole de Kyoto, celle de ne pas fixer d'emblée des quotas aux pays du Sud.