Là, il nous faut associer la pasionaria du socialisme français à la figure d’un petit huissier de province. Appelons-le Monsieur Alphonse. Chaque jour que Dieu fait – les jours ouvrables, s’entend, Dieu a ses limites – Monsieur Alphonse dénombre, avec cette plume offerte par sa si jolie belle-sœur Angéline, les biens réquisitionnés dans le cadre de procédures de faillites. Il dresse des procès-verbaux de récolement. C’est son métier.

Le «récolement» désigne le fait d’établir une liste de saisies par huissier, et, par extension, toute vérification effectuée sur une recension. On parle de récolement dans le cas de l’inventaire d’une bibliothèque, ou du contrôle d’une base de données. La «commission de récolement» était aussi le terme choisi par le Parti socialiste français, en novembre 2008, pour nommer les experts qui allaient statuer sur l’élection de Martine Aubry comme première secrétaire du parti, contre Ségolène Royal. La candidate malheureuse à la présidence arguait d’une différence de 42 voix sur les 134 784 suffrages récoltés. Il fallait donc un «récolement».

On ne sait trop si Monsieur Alphonse y a participé, muni du stylographe de l’affolante Angéline. On se souvient en revanche d’un grand moment d’épicerie socialiste à la mode hexagonale. Au moins, pour un temps, le parti de gauche a rapproché une diva chanteuse de slogans à notre petit Monsieur Alphonse. Aussi sec que peu poétique, le «récolement» a ses mérites sociaux cachés.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.