Rien de plus probant qu'une station de montagne au développement accéléré et parfois extrême pour raconter les tiraillements urbanistiques des cinquante dernières années. Un cas d'école? Verbier. Des pâturages au mayen, puis du béton au faux chalet cosmopolite, cinquante ans. Des Bagnards en villégiature d'été aux milliardaires anglo-saxons qui chassent les gens du coin à coups de logements superlatifs, cinquante ans. De la conquête du territoire à sa saturation, cinquante ans. Un demi-siècle passe, et repenser l'espace public n'a plus rien d'un luxe. L'avenir du lieu, potentiellement étouffé sous sa propre enflure, passe par la réinvention de la respiration, de la liberté de mouvement, de l'espace et de l'accueil.

C'est pour cela que Verbier, un cas d'écoles, intitulé de l'exposition à voir en ce moment au Musée de Bagnes, au Châble, réjouit le visiteur. Sous l'impulsion de l'architecte de la commune de Bagnes François Besson, la station valaisanne s'est en effet prêtée au jeu des utopies et au regard de deux académies comptant parmi les plus créatives de Suisse romande: l'Ecole d'ingénieurs de Lullier (GE), dont 45 étudiants de la filière architecture du paysage ont planché sur l'identité future des espaces publics de Verbier; et l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (ECAL), dont des étudiants en design industriel ont imaginé un mobilier urbain capable d'être la «signature» du lieu. Les résultats? A ce stade, des maquettes et des plans d'architectes, dont la réalisation n'est pas à l'ordre du jour.

Côté ECAL, le mobilier (lampadaire, banc, bac à fleurs, poubelle publique et porte-oriflamme) décline plusieurs fois le bois - pas forcement convaincant -, tente le métal ajouré - beau mais plus froid et susceptible de mal vieillir - ou même le plastique coloré - plus drôle, loin du sempiternel sapin, quoique difficile à faire accepter. Ces essais ont en tout cas le mérite de mettre le doigt sur la difficulté de renouveler le «style montagne».

Les propositions alléchantes sont à repérer sur les plans et coupes d'architectes de l'école genevoise. Dix projets d'étudiants de Lullier sont exposés, pas forcément faciles à déchiffrer pour le néophyte. N'empêche, c'est un morceau de ciel qui s'ouvre, laissant entrevoir une farouche envie de place rendue à l'humain, au paysage, au jeu, à un relatif silence. Loin des 4x4 qui saturent désormais une place centrale quasiment impraticable, ou des arrivées de pistes de ski rendues hasardeuses par le grignotage immobilier.

Ainsi, du bâtiment de la Migros, marquant de sa hauteur vieillie l'arrivée en «ville». Marie-Pierre Grégoire propose de niveler le site et de l'ouvrir vers le panorama de la vallée avec des toits-terrasses. Autre construction vieillissante, le centre sportif, que Julien Bugna enterrerait volontiers sous son paysage originel, fait de prairies et de marécages. Médran, le bâtiment de départ des remontées mécaniques, recycle sa masse de béton pour créer, entre autres, un mur de grimpe (Bruno Martin). Laurent Magnin a pour sa part pensé aux skieurs: l'arrivée des pistes, loin du foutoir habituel fait de neige manquante, de cailloux, de glace et de risques d'accidents, devient un exercice de style: belle voie enneigée pour muscles fatigués, acheminant les sportifs vers un dégagement, un panorama encore, et des terrasses accueillantes. L'été, la même arrivée se décline en prairie, avec plantes alpines choisies pour s'entendre au mieux et, là encore, suggérer la promenade.

Beaucoup de projets envisagent de creuser, de cacher le béton pour laisser autant que possible la surface aux végétaux, à des déplacements piétonniers en quête de dégagement. D'autres atteignent les mêmes buts en déplaçant les masses. Ainsi la proposition de Valérie Hoffmeyer de recycler les déblais de construction - ils ne manquent pas -, pour redessiner un vallon régulier qui gère aussi les eaux de ruissellement, afin d'amortir les risques de crue. Pourquoi pas, enfin, un barrage? Puisque le réchauffement climatique risque d'impliquer de plus en plus un manque de neige, présuppose Mathieu Ducotterd, pourquoi ne pas établir une réserve d'eau en dessous de la station, qui servirait à fabriquer de la neige artificielle en hiver et de la fraîcheur en été?

Tous ces projets d'étudiants en architecture du paysage sont nés d'un séjour sur place et d'un semestre de suivi. Sans contrainte ou limite financière imposées, les projets devaient être réalisables ou pour le moins plausibles. Et apporter un plus autant en été qu'en hiver.

«J'ai redécouvert la portée des mots esplanade et belvédère, rapporte François Besson, qui résume ainsi les options principales des projets. Le regard porté sur Verbier par ces architectes qui ne sont pas familiers de la station m'a fait entrevoir avec des yeux neufs des lieux que je croyais connaître par cœur. C'est inspirant. Les projets, présentés aux politiques, vont être maintenant montrés à la population. Certains seront peut-être réalisés. En tout cas, tous servent de pistes de réflexion.»

Verbier, un cas d'écoles, Musée de Bagnes, Le Châble (VS). Ouvert du me au di, de 14 à 18h. Rens. 027/777 11 49. Jusqu'au 27 janvier 2008.