Il y a deux semaines, la NASA lançait le satellite Kepler, en quête d’autres Terres dans la galaxie. Avec GOCE, l’ESA entame une nouvelle ère d’exploration terrestre. Pourquoi ce penchant à l’introspection?

– Nous nous focalisons sur la Terre parce que nous devons faire face au changement climatique et nous avons des lacunes pour décrire le système terrestre. Pour y remédier, nous avons besoin des missions d’exploration scientifiques (dont fait partie GOCE, ndlr) qui se concentrent sur un ou deux paramètres. Mais il faut aussi des satellites sentinelles, qui opèrent une surveillance sur la durée. Pour certaines données, en métrologie, météorologie ou climatologie, notamment, les mesures doivent être effectuées en continu.

– Quelles sont les lacunes que les sept missions d’exploration terrestre prévues par l’ESA doivent combler?

– Nous allons étudier les champs gravitationnel et magnétique, les vents, ou encore, la variation de la couche de glace. Un satellite analysera la salinité de l’eau et l’humidité des sols. C’est important pour l’agriculture, ainsi que pour mettre au point de meilleurs modèles climatiques ou météorologiques. Un autre appareil observera les interactions entre les nuages, les aérosols et les radiations. Nous avons là une grosse lacune: nous ne savons pas si les nuages refroidissent la Terre ou pas (ils bloquent les rayons du soleil mais font aussi office de «couverture» qui retient la chaleur, ndlr).

– Est-ce que l’Europe est particulièrement intéressée par ces questions?

– Oui. Dans la discussion climatique, l’Europe a pris un rôle de leader. Même si l’attitude des Etats-Unis est en train de changer un peu. Enfin, nous l’espérons. Mais pour mener sa politique climatique, l’Europe a besoin d’avoir ses propres données. C’est pourquoi nous obtenons beaucoup de soutien.

– Dans les scénarios de science-fiction, l’humanité fuit une Terre dévastée pour trouver refuge sur une autre planète. Pensez-vous qu’il faut cesser de scruter le fin fonds de l’espace pour s’occuper de notre planète?

– Pour moi, trouver une autre planète pour y vivre relève vraiment de la science-fiction. Nous devons nous concentrer sur celle qui nous sert de maison. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut arrêter de regarder les étoiles et les autres planètes. Je pense que nous devons faire les deux en parallèle.