Frais et lumineux, l'espace dévolu à la dégustation affichait complet samedi après-midi, au salon Arvinis de Morges. Curieux et œnophiles étaient venus plus nombreux que prévu afin de découvrir quelques-uns des crus les plus renommés d'Europe de l'Est. Chargés de traditions millénaires, témoins d'une histoire particulièrement mouvementée, les vins de Crimée, de Roumanie, de Hongrie ou encore de Slovénie restent encore rares sur nos tables. Dommage selon Eric Duret, meilleur sommelier d'Europe 1998 et organisateur de l'événement, qui a jugé important le potentiel de ces produits face à la diversification actuelle du goût des consommateurs. Rarement en tout cas alignée de verres aura-t-elle paru aussi colorée, du jaune brillant au grenat foncé en passant par l'ocre ou l'orangé; et dégustation aussi diversement appréciée, les uns grimaçant de dédain tandis que d'autres roulaient les yeux comme des billes. Sélection non exhaustive.

Crimée: le vin des tsars

Dans les années 50, l'URSS se prononce officiellement pour le vin aux dépens de la vodka. Son vignoble quadruple en quelques décennies et seule l'Espagne possède aujourd'hui une plus vaste superficie de vignes. Sur le plan de la production, l'ex-URSS est au troisième rang mondial après l'Italie et la France. Les zones viticoles s'étendent de la frontière roumaine jusqu'au Caucase, et les meilleurs crus proviennent d'Ukraine, de Crimée plus particulièrement, sur la mer Noire. Réputé dans l'Antiquité, le vignoble de Crimée fut détruit par les peuplades tartares, puis reconstitué par les Russes. Les vins doux (Sébastopol et de Simféropol) étaient prisés à la cour des tsars. Appartenant au prince Voronzof, le domaine le plus célèbre devait donner son nom aux vins de toute la région: Massandra.

Massandra «Aluschta»: 1992, cépage Cabernet sauvignon. Rouge sec et robuste, élevé en barriques, dont le côté fumé et épicé rappelle le Barolo italien.

Massandra «Muskabet»: 1991, cépage Muscat, le plus répandu dans la région. Blanc doux aux reflets orangés. Vin muté (auquel on a ajouté de l'eau-de-vie pour stopper la fermentation, le moût concervant une partie de sucre non convertie en alcool), très concentré avec un côté gelée de coings.

Massandra «Kagor»: sans millésime, cépage autochtone Saperavi. Rouge doux à la robe extrêmement sombre. Vin muté très corsé, que les Russes voulaient inspiré du Cahors français.

Ces vins sont importés en Suisse par S. Fassbind AG, TramWeg 35, 6414 Oberarth. Tél: 041/859.04.00.

Roumanie: «la perle de Moldavie»

A une échelle moindre que l'Ukraine, la Roumanie s'est lancée dans un vaste programme d'expansion viticole. Le pays est désormais 5e producteur d'Europe, entre le Portugal et l'Allemagne. Bénéficiant d'un climat avantageux, les vignobles sont disséminés sur tout le territoire. Si la plupart des régions produisent des blancs secs, deux d'entre elles sont connues pour leurs vins de dessert, considérés par certains comme les meilleurs d'Europe de l'Est.

Situé au nord-est sur les contreforts des Carpates, le vignoble de Cotnari est le plus ancien du pays, probablement antérieur à la colonisation grecque. Servi il y a un siècle sous le nom de «perle de Moldavie» dans les restaurants parisiens, le Cotnari est tombé dans l'oubli. Datant de l'époque grecque, le vignoble de Murfatlar s'étend au sud-est sur les collines ensoleillées des bords de la mer Noire.

Cotnari Tamiioasa, 1989, cépage Tamiioasa, variété autochtone de Muscat. Blanc doux naturel d'un beau jaune soutenu. Vin souple, fin, avec une acidité soutenue malgré la douceur.

Cotnari Grasa de Cotnari, 1990, cépage Grasa, variété autochtone du Furmint allemand et hongrois. Blanc doux naturel aux reflets dorés. Vin «botrytisé» (dont le raisin a subi la pourriture noble, qui a pour effet de concentrer les sucres), d'un grand équilibre, avec beaucoup de richesse et d'acidité.

Murfatlar «La Crima Lui Ovidiu», 1978, cépage Muscat. Blanc doux naturel à la robe d'or bruni. Vin dont le caractère «oxydatif» rappelle le Xérès espagnol, avec des accents de noix très prononcés.

Murfatlat «Muscat Ottonel», 1970, cépage Muscat Ottonel, sans doute l'une des variétés les plus pures de cette grande famille. Blanc doux naturel d'un jaune vif étonnant compte tenu de son âge avancé. Vin botrytisé avec un côté confit et conservant toujours cette acidité de bon aloi.

La dégustation comprenait encore différents vins blancs secs de Slovénie, malheureusement pas disponibles en Suisse, ainsi qu'un vin doux de Tokay, fameux vignoble hongrois évoqué dans ces colonnes l'an dernier, que l'on trouve chez Fischer & Rihs SA, Quai des Bergues 9, 1201 Genève. Tél: 022/731 79 30; ainsi qu'à l'Œnothèque de la Treille, ch. de la Treille 13, 1303 Penthaz. Tél: 021/862.70.63.