Les masques de protection, leur efficacité, leur absence, leur production, sont au cœur des préoccupations ces jours. Nous y consacrons une série d’articles.

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En wax, à pois, assorti aux vestes d’influenceuses d’un nouveau genre: les masques «faits maison» sont partout sur internet, et peut-être même déjà sur le nez de vos proches. Le phénomène existait depuis des semaines, mais l’appel, patron à l’appui, du centre hospitalier de Grenoble lui a donné un coup d’accélérateur: «Merci de nous confectionner des masques en grand nombre s’il vous plaît et de nous les envoyer par courrier postal», implorait-il. Le 18 mars, en Belgique, le Service fédéral de la santé a même émis des recommandations officielles en la matière, encourageant les citoyens à se lancer.

En trois clics sur Pinterest

Sarah, Genevoise de 40 ans, fait partie des milliers de couturières qui s’est laissé convaincre. «Une connaissance arborait sur Instagram un joli masque en tissu fleuri. Elle annonçait qu’une infirmière lui en avait commandé 14… J’ai trouvé un patron très simple sur Pinterest, récupéré le coton qu’il me restait, et ressorti la machine à coudre: mieux vaut ça que rien.»

Est-ce bien vrai? Cela dépend qui utilise ces masques, d’une part, et comment, d’autre part. «On ne dispose que de très peu de données scientifiques, elles montrent une efficacité peut-être un peu moins bonne que les masques industriels. Je dirais qu’ils peuvent être utiles à M. et Mme Tout-le-Monde s’ils viennent en complément des autres mesures, dont le confinement et l’hygiène des mains», explique le pneumologue Serge Kouzan.

Protéger les autres de ses propres gouttelettes

Le SARS-CoV-2 se transmet principalement par contact étroit et par gouttelettes. Les masques en tissu ne sont pas des dispositifs médicaux, et, dès lors, quelles que soient les matières empilées, «ils ne protègent absolument pas le porteur du masque des virus et ne nous affranchissent d’aucune précaution». Mais ils forment une première barrière pour éviter les projections vers autrui. «Dans les espaces fermés où la charge virale augmente, ils peuvent aider à protéger les autres de ses propres gouttelettes», précise le Dr Kouzan. Rien ne sert en revanche de les porter «à la campagne, seul, à l’air libre», estime-t-il.

Ingénieure en tissu textile et autrice du blog «Couture et paillettes», Bérangère, 29 ans, note que l’efficacité d’un tel masque n’est pas liée à son épaisseur mais à l’intelligence de sa confection et à sa respirabilité: «Il est préférable de réaliser un masque en coton pour le confort. Il faut, si possible, penser à pouvoir insérer une 3e épaisseur de tissu «filtre» entre deux couches». Par exemple, y glisser un morceau de lingette dépoussiérante, ou, comme le proposent les autorités belges, une serviette en papier. Voire… un morceau de sac d’aspirateur.

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Ces masques de fortune doivent être changés toutes les trois heures, et le lavage systématique de ces derniers avec du détergent, à 60 degrés minimum, s’impose. Encore faut-il bien le placer (après s’être lavé les mains) et ne pas le toucher ensuite. «J’étais hier chez Manor, et j’ai pu constater que 50% des masques couvraient mal le nez des gens, note le Dr Kouzan. Mais bon, à la guerre comme à la guerre.»