Pour maigrir, il ne sert à rien de dissocier les aliments, il suffit d'en consommer moins. Telles sont les conclusions d'une étude genevoise qui vient de paraître dans la revue spécialisée International Journal of Obesity. Inventé dans les années 30 par l'Américain Hay, le régime «dissocié» est devenu très à la mode ces dernières années. Le principe? Il ne faut pas mélanger les sucres, les graisses et les protéines dans son assiette. Des arguments physiologiques ont même été avancés pour expliquer pourquoi ces régimes seraient plus efficaces que les diètes classiques, qui se contentent de réduire l'apport calorique quotidien. Mais, à ce jour, personne n'avait pris la peine de vérifier sérieusement ces assertions sur de vrais patients. Alain Golay, de la division de l'enseignement thérapeutique pour les maladies chroniques, et ses collègues des Hôpitaux universitaires de Genève ont voulu en avoir le cœur net.

Comparons

L'équipe genevoise a comparé les régimes «hypocalorique classique» et «dissocié» sur 54 personnes, hospitalisées pendant six semaines. Ces patients étaient tous obèses – ils présentaient un indice de masse corporelle supérieur à 30 (lire l'encadré) –, ils étaient tous animés d'une forte motivation pour perdre du poids et étaient capables de participer à un programme d'activité physique. La moitié des patients a reçu un régime hypocalorique classique, l'autre moitié un régime dissocié. Les deux diètes étaient nutritivement similaires: même nombre de calories par jour, mêmes taux de glucides (sucres), de lipides (graisses) et de protides (protéines). La seule différence consistait donc à offrir des assiettes combinant ou dissociant ces différents aliments.

Après six semaines de régime, les chercheurs n'ont observé aucune différence entre les deux lots de patients. Tous avaient perdu du poids, environ 7 kilos. Tous avaient également réellement perdu de la graisse corporelle (environ 4,5 kilos), une donnée importante car de nombreux régimes «efficaces» sur la balance ne reflètent qu'une perte d'eau. Les patients des deux groupes ont enfin vu s'améliorer différents paramètres physiologiques: leurs taux de glucose, de cholestérol et d'insuline ont baissé pendant leur régime.

«En résumé, ce qui fait perdre du poids, c'est de manger moins, commente Eric Héraïef, responsable de la consultation d'obésité et des troubles du comportement alimentaire du CHUV à Lausanne. On trompe les patients en leur présentant des méthodes sophistiquées enrobées d'un discours pseudo-scientifique.»

Qui est obèse?

L'OMS définit l'obésité au moyen de l'indice de masse corporelle (IMC), qui se calcule en divisant le poids (en kilos) par le carré de la taille (en mètres).

Le poids est normal pour des valeurs d'IMC variant entre 18,5 et 25. Les risques pour la santé sont alors minimum.

Entre 25 et 30, les médecins parlent de surcharge pondérale. Les risques sont encore acceptables.

Si l'IMC se situe au-delà de 30, la personne est dite obèse. L'obésité est qualifiée de modérée entre 30 et 35; de sévère entre 35 et 40 et de morbide, ou maladive, au-delà de 40. A. Cl