Tout en minimisant le phénomène, le Vatican n'a pas nié les faits. L'Eglise catholique vient en effet de reconnaître que certains de ses représentants, y compris des évêques, ont commis des abus sexuels sur des religieuses. L'affaire a été soulevée il y a déjà six ans par Maura O'Donohue, une religieuse américaine également médecin, mais elle n'a été rendue publique que très récemment à l'initiative du journal National Catholic Reporter.

Dans son rapport remis à l'époque au Vatican, Maura O'Donohue dressait un véritable réquisitoire contre les pratiques de plusieurs prêtres, en particulier en Afrique. Elle multipliait les exemples accablants. «Dans un certain pays, des prêtres sont connus pour les relations qu'ils entretiennent avec différentes femmes et pour avoir eu des enfants avec plus d'une d'entre elles», commence-t-elle. «Une congrégation a dû éloigner plus de vingt sœurs tombées enceintes, dans de nombreux cas, par la faute de curés», poursuit-elle.

Les abus seraient si nombreux que, selon Maura O'Donohue, «depuis 1980, dans un certain nombre de pays, les sœurs refusent de voyager seules avec un prêtre en voiture de peur d'être victime de harcèlement, voire de subir des violences sexuelles».

Peur du sida

Le phénomène se serait accru avec l'apparition du sida, nombre de prêtres redoutant d'attraper le virus à travers des relations sexuelles avec des prostituées.

«Certains curés invitent les religieuses à prendre un contraceptif en leur expliquant que la pilule sert à éviter la transmission du sida», s'indigne Maura O'Donohue. «D'autres ont même encouragé les sœurs tombées enceintes à avorter.»

Au total, pas moins de 23 pays seraient concernés par ce type d'abus sexuels. Et si les diocèses africains sont principalement touchés, le phénomène ne concerne pas, contrairement aux affirmations du porte-parole du Vatican Joaquin Navarro Valls, «une zone géographique limitée». Plusieurs pays sud-américains mais aussi l'Inde, l'Irlande, l'Italie ou les Etats-Unis auraient également connu des cas de violences sexuelles de la part de prêtres.

«Certaines situations négatives ne doivent pas faire oublier la fidélité souvent héroïque de l'immense majorité des religieux, religieuses et prêtres», a insisté Navarro Valls.

Malgré ces précautions, s'est réjouie l'auteur de l'article du National Catholic Reporter Pamela Schaeffer, «pour la première fois le Vatican a pris acte de ce grave problème».