Spiritualité

Religion et écologie, duo fusionnel

A l’Université de Lausanne, on s’interroge en profondeur sur le rôle de la spiritualité et de la religion dans la transition énergétique. Le point sur une tendance qui remonte par la racine

«Adossé à un chêne-liège, je descendais quelques arpèges en priant Dieu ou Bouddha que sais-je? Est-ce que tu penses à nous un peu?» chantait Francis Cabrel.

Religion et écologie n’ont pas toujours formé un duo fusionnel. Si certaines églises, à un moment de leur histoire, ont pu s’éloigner de principes liés à la protection de l’environnement inscrits dans leurs textes fondateurs, ce thème a fait partie de leurs engagements et préoccupations dès les années 60.

Transition intérieure, spiritualité et environnement

Dans les années 70, l’écologie est devenue l’apanage des domaines scientifique et politique. Mais la transition énergétique, un volet essentiel de la transition écologique, serait en train de remonter par le bas. Dans ce contexte émerge l’idée de la nécessité d’une transition intérieure, et certains de ses aspects s’apparentent à une forme de spiritualité. Une prise de conscience qui retisse le lien entre l’humain et la nature. A l’Université de Lausanne, deux recherches* visent à mieux comprendre ces changements culturels, dont une dans le cadre de la plateforme Volteface qui planche depuis deux ans sur la transition énergétique.

Nous avons tout pour sortir de l’impasse

Cette plateforme part de l’idée que «techniquement, nous avons tout pour sortir de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons écologiquement, mais qu’il manque un cadre culturel», explique Irene Becci, professeure à l’Institut des sciences sociales et des religions, qui donnera une conférence Alum.ni sur le sujet le 10 octobre à l’UNIL. «Notre recherche s’intéresse à ce que proposent les personnes engagées spirituellement ou religieusement sur le plan environnemental, et parallèlement à ce qui s’apparente à la spiritualité ou la religion dans les discours écologistes.»

Du Pape François au Festival de la Terre

«On assiste à une forte montée d’intérêt pour ce que l’on appelle les nouvelles spiritualités, poursuit Irene Becci, et l’on observe toutes sortes de pratiques qui vont dans ce sens: le néo-chamanisme, la méditation dans la nature, les balades mêlant botanique et spiritualité. Il existe des cercles où les gens apprennent à bénir la nourriture. Cela les fait réfléchir à la manière dont les produits sont arrivés dans leur assiette.» Le succès des livres Rituels symboliques dans la nature et Guide des lieux enchantés de Suisse romande, de Joëlle Chautems, illustre aussi l’ascension de cette tendance.

Côté églises historiques, un engagement environnemental est clairement visible déjà depuis les années 80. Mais l’encyclique du Pape François sur l’environnement, publiée en 2015, a marqué les esprits en utilisant la métaphore de la maison commune.

Autre fait relevé par le groupe de recherche de l’UNIL: dans les résultats 2016 de l’étude de l’OFS, à la question «Quels sont les domaines pour lesquels vous tenez compte de la religion?», l’attitude envers l’environnement se plaçait en troisième position, après la maladie et les difficultés de la vie.

Mais il y a un paradoxe

Pour Irene Becci, sociologue et anthropologue spécialisée dans les nouvelles spiritualités, le festival genevois Alternatiba Léman ou le Festival de la Terre à Lausanne sont des exemples criants de cette tendance. Communion avec la nature, rituels, guérison, transition intérieure: «De différentes manières, des questions spirituelles y sont abordées.»

Par contre, les personnes adeptes de ces événements se sentiront souvent étrangères, voire totalement opposées aux institutions religieuses. Sans savoir que leurs démarches rejoignent parfois les préceptes des églises traditionnelles. Le véganisme, par exemple, apparaissait dans les ordres monastiques des premiers chrétiens. L’éco-spiritualité serait-elle donc le remède aux maux de la Terre? A méditer, adossé à un chêne-liège.


* Ces études seront présentées lors d’une table ronde suite à la Semaine des religions à la mi-novembre à Lausanne. Informations sur: www.unil.ch/issrc

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