Société

La religion relève-t-elle du service public? 

Contrainte d'économiser 40 millions, la RTS va supprimer trois programmes religieux. Tollé et mise en ligne d'une pétition qui exige, notamment, que soit redéfini le service public 

Mauvais timing. Le 17 novembre, trois jours après les sanglants attentats de Paris, la RTS annonçait qu’elle allait supprimer dès 2017 trois programmes œcuméniques, pour des raisons d’économies. Deux à la radio, «À vue d’Esprit» (Espace 2), «Hautes fréquences» (la 1re) et une à la télévision: «Faut pas croire» (RTS Un). Une réduction de 1,2 million sur un budget de 2,8 millions, soit 40% de la somme allouée aux émissions religieuses.

C’est totalement disproportionné estiment les branches médias des Eglises, Cath-Info et Médias-pro, qui cofinancent la structure RTSreligion. «A l’heure où la radicalisation religieuse est à l’œuvre, […] ce choix éditorial est incompréhensible», estiment-elles. Plusieurs personnalités – dont le philosophe Alexandre Jollien, l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement Philippe Roch et Micheline Calmy-Rey – partagent cette opinion, convaincus que seuls l’information, la pédagogie et le dialogue permettent d’éviter les replis sectaires. Ils ont donc lancé une pétition pour que la RTS revienne sur cette décision, jugée à la fois inadéquate en ces périodes de violences, cruelle (la suppression équivaut au démantèlement de la rédaction RTSreligion, un centre d’expertise et de compétence) et hâtive puisque le Parlement attend un rapport sur la définition du service public.

«Mission de service public»

De son côté, le patron de la RTS, Gilles Marchand, évoque la nécessité urgente d’économiser et d’adapter l’entreprise à la réalité de ses moyens. S’il ne conteste pas l’importance des thématiques religieuses et spirituelles, il s’interroge sur la pertinence de les réserver à des cases dédiées. Il préférerait, pour augmenter leur audience, les intégrer aux grands rendez-vous de l’actualité auxquels sont attachés une majorité de Romands. A cet argument, la conseillère nationale socialiste Ada Marra lui rétorquait, samedi, dans Forum: «Quand il n’y a plus de cases exclusives, les thèmes ont tendance à disparaître des grilles». Et d’ajouter: «Je regrette que l’Audimat soit le chef des programmes.»

Dans son blog, le directeur d’Avenir Suisse, Tibère Adler, considère que «c’est précisément la mission d’un service public financé par tous que de stimuler la production de contenus non rentables, ou qui ne peuvent pas (ou difficilement) être produits directement par des acteurs privés». Il estime d’autre part que le service public des médias est un bien trop précieux pour être laissé à la direction de la SSR.

«Laïcisme outrancier»

Cette suppression relève-t-elle d’une logique d’audience ou cède-t-elle «à la mode d’un laïcisme outrancier, à l’instar de la nouvelle mouture de la loi genevoise?», s’interroge l’abbé François-Xavier Amherdt. Réponses sur le site de la Tribune de Genève qui posait la question: «Faut-il maintenir les émissions religieuses?». Plusieurs internautes vont dans le sens de son abolition, à l’image de ce commentaire: «L’Etat est laïc, et tous payent Billag. Donc soit on rajoute des émissions sur l’islam, le judaïsme, le bouddhisme et les autres, soit on enlève tout.»

Sur les réseaux sociaux qui se sont emparés du débat, on constate trois tendances. D’abord les anti purs et simples qui se demandent comment on pourrait guérir des excès de la religion par la religion? Ensuite, ceux qui estiment que la religion relève de la vie privée et qu’elle doit donc être bannie de la sphère collective, enfin, les croyants ou non croyants, le plus nombreux, qui pensent que la religion est une culture, à la fois politique et sociale, et qu’à ce titre elle fait partie des obligations du service public. Un service public, dont il est grand temps de définir les objectifs, les missions et les cahiers de charges. Sur ce point, il y a unanimité.

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