Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Rémy Crégut, directeur général du Montreux Music & Convention Centre.
© Cyril Zingaro/KEYSTONE

portrait

Rémy Crégut à la barre du 2m2c

Il a fait le groom et le bagagiste, a conduit des camions aux Etats-Unis, s’est découvert à travers le monde un don pour l’événementiel. Depuis 2005, il dirige avec tact et ambition le centre de congrès de Montreux

Cette impression que le grand large l’appelle. Qu’il a le rêve fou de pousser à l’eau ce navire amarré depuis 1973 au quai de Vernex. En 2005, Rémy Crégut a été élevé au grade d’amiral du Montreux Music & Convention Centre (ou 2m2c). Autrement dit, en étant plus terre à terre, il fut nommé directeur général. Le désir de lac est chez lui prégnant. Pour preuve, de gros travaux sont prévus en 2020 et il compte bien ouvrir, côté Léman, une immense terrasse comme le pont d’un paquebot.

Proche de Claude Nobs

Tout cela va coûter cher, dans les 80 millions de francs, mais le Conseil communal puis un référendum devraient entériner le projet. Les Montreusiens ne refusent rien à ce Nîmois courtois et intégré au point d’estomper son accent occitan (il le retrouve sitôt qu’il file dans le Sud embrasser sa chère maman). Par ailleurs, son bilan à la tête du 2m2c est élogieux: le chiffre d’affaires en 2017 est de 6,8 millions de francs, soit une hausse de 30% en douze ans. Et les retombées économiques régionales générées par le «palais» tournent autour des 70 millions.

Claude Nobs éprouvait pour Rémy Crégut un profond attachement. «En général, pour les artistes, les administratifs sont des emmerdeurs et, pour ces derniers, les premiers sont des oisifs. Rien de cela ici, chacun est à sa place mais a toute sa place, dans l’intérêt général», relève Rémy. Il poursuit: «Claude était attachant, aimant, à la fois loufoque et conservateur. Il me disait que nous avions des choses simples à mettre en œuvre ensemble, on l’a fait. Mathieu Jaton, son successeur, possède la même philosophie.»

Multiples événements

Si l’ADN du 2m2c est la musique avec le Montreux Jazz Festival de fin juin à la mi-juillet, Rémy Crégut laisse volontiers la porte grande ouverte le reste de l’année. Outre l’incontournable Montreux Comedy Festival, il a accueilli un Championnat du monde de tennis de table handicapés, un sommet de la francophonie, un tirage au sort d’une coupe de l’UEFA, les meilleurs escrimeurs européens, des défilés de mode et le CHUV vient d’y célébrer sa fête annuelle (2000 convives).

«On a hébergé 83 événements en 2017. Lorsque j’ai été nommé en 2015, c’était un peu la préhistoire ici», sourit-il. Ne voyez pas là un quelconque mépris mais le constat d’un homme qui a bourlingué et a appris l’événementiel auprès de grands noms comme Gilles Pélisson, l’actuel PDG du groupe TF1, qu’il a côtoyé à Disneyland Paris. «Là-bas c’étaient 1200 manifestations par an, un tourisme d’affaires frénétique», dit-il.

Rémy Crégut n’aurait jamais dû échouer sur un quai de Montreux. Très jeune, il était destiné à reprendre l’entreprise de travaux publics fondée par son grand-père puis gérée par son père. Il n’en fit rien. Frondeur, curieux, il voulait voir autre chose. Après un BTS de conducteur en travaux à Paris et une école de commerce à Nîmes, il rejoint une tante qui tient un hôtel à Saint-Rémy-de-Provence, y exerce tous les métiers (voiturier, bagagiste, groom), participe en 1982 au Paris-Dakar, s’en va vivre aux Etats-Unis «pour devenir riche et célèbre», est employé par un industriel du nettoyage de bateaux (destroyers, porte-avions) qui fait faillite et envoie Rémy sillonner les Etats-Unis à bord d’un truck pour récupérer des tonnes de matériel.

Il chute et se relève

De retour en France, il intègre le Sofitel de Paris où, en qualité d’attaché commercial, il apprend tout: à vendre des séminaires et des banquets, à recevoir le Tour de France puis un sommet sur l’Erythrée. Il se souvient d’un diplomate tentant de négocier à la baisse le prix de la location en ouvrant une valise et en lui tendant un cash de 100 000 dollars.

«La raison et mon éducation ont été les plus fortes», confie-t-il. Puis la chaîne hôtelière Hyatt, qui a besoin d’un directeur commercial, l’envoie à Casablanca, l’InterContinental au Japon, aux Etats-Unis et à Paris où il met sur pied un défilé Dior dans la salle Napoléon III et où il passe quatre années chez Disney à Marne-la-Vallée. C’est un tourbillon et il aime ça. Il noircit son carnet d’adresses, prend le temps de se marier, de faire deux enfants, divorce, connaît une chute libre (chômage, solitude), se relance.

L'école de pensée suisse

La principauté de Monaco le mandate pour ouvrir le Grimaldi Forum Monaco, le groupe Pierre & Vacances l’embauche à Rotterdam où il rencontre une Suissesse qui lui apprend que le Convention Centre de Montreux cherche son directeur général. Il postule, l’emporte, se pose, souffle.

Il apprend à aimer l’école de pensée suisse où l’on fait les choses bien ou on ne les fait pas. La région est sublime, les gens sont polis et n’ont qu’une parole. En retour, il fait le vœu de rendre aux Montreusiens ce palais dont ils ont été au fil du temps un peu dépossédés. En faire un vrai lieu de vie et de services avec des boutiques, des restaurants. Recevoir plus d’événements locaux.

«Ma passion de l’humain a dépassé celle de l’événementiel», lâche-t-il. Il pose pour la photo sur la scène de l’Auditorium Stravinski, pour la première fois. On le sent peu à l’aise. «Il faut garder sa place et laisser place au hasard.» Comme cette rencontre un soir de concert avec le chanteur Sting se livrant en coulisses à des gargarismes.


Profil

1960 Naissance à Nîmes.

1984 Début de carrière dans l’hôtellerie.

1995 Mariage, deux enfants naissent en 1996 et en 1999.

1996 Début de carrière dans l’événementiel (Disneyland Paris, Grimaldi Forum Monaco).

2005 Prend la direction du 2m2c.

2017 Meilleure année en activités et en chiffre d’affaires.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo société

Alain Petitmermet: «J'ai vu cinq fois des gens passer sous ma locomotive»

Le mécanicien de locomotive a vécu en vingt ans de carrière entre cinq et six suicides. Il a dû abandonner le métier durant plusieurs années, avant d'y revenir avec une foi chrétienne grandissante, au point de vouloir y consacrer un livre

Alain Petitmermet: «J'ai vu cinq fois des gens passer sous ma locomotive»

n/a