Adieu l’image romantique des jardins romains où la conversation philosophique s’épanouissait à l’ombre d’une statue antique. L’époque est désormais au bavardage dans des univers virtuels peuplés d’avatars. Sur Clubhouse, réseau social à l’écho médiatique considérable, les espaces de discussion (baptisés rooms) s’ouvrent et se ferment sans interruption, signe d’un intérêt revigoré pour l’expression orale. Dans ces bulles connectées, tout est prétexte à la prise de parole, du développement personnel à la création d’entreprise. On débat, on s’épanche, on séduit sous le contrôle d’animateurs bénévoles, plus ou moins à l’aise dans l’exercice de la modération.

Dans le «club des hypersensibles», groupe qui rassemble des milliers de personnes sur la plateforme vocale, chacun veille à ne pas interrompre celui ou celle qui ose s’exprimer. D’une voix posée, les participants confient leur joie de vivre, leurs doutes pour faire de leur empathie exacerbée une force «pour contribuer au monde de demain», sans le poids de l’image imposé par la visioconférence. «Je devenais une éponge, aucune protection ne fonctionnait. Alors que la sensibilité est une capacité merveilleuse», témoigne une oratrice, avant de couper le micro de son téléphone. Toujours plus intense, le brouhaha de la conversation en ligne concurrencerait-il le crépitement visuel de nos smartphones?