C'est un vieux dicton journalistique: personne ne s'intéresse aux trains qui arrivent à l'heure. Ce qui fait la news, c'est que les choses ont mal tourné.

Mais tout change, même les règles d'airain de l'information. Vous vous plaignez, m'a-t-on rapporté avec insistance, de n'apprendre que des mauvaises nouvelles. Je n'ai pas saisi si cette plainte provenait surtout de voyageurs las de voir cultiver une méfiance dans les horaires qui mine leur plaisir à voyager. Ou de chefs de gare indisposés de voir monter leurs rares défaillances en épingle. Mais le fait est là: nous sommes désormais sommés de vous donner davantage de bonnes nouvelles.

Ce n'est pas une mince affaire. Les médias qui choisissent la facilité explorent la vie des people, où l'on trouve toujours une naissance ou un divorce à fêter. Et où les mauvaises nouvelles sont très supportables - Britney Spears s'est rasé la tête - voire secrètement réjouissantes - Jean-Luc Delarue a insulté une hôtesse et manqué violer une passagère. C'est un rien, aurait dit Jean Villard Gilles de cette dernière, mais qui fait plaisir.

L'autre domaine où nouvelle rime avec bonheur est celui de l'offre de produits: la nouvelle ligne de Dove, la nouvelle PlayStation 3 ou, pour les ringards indécrottables, le Beaujolais nouveau... Les articles toujours plus nombreux qui leur sont consacrés plaisent particulièrement aux chefs de gare.

J'ai résisté. Mais, face à la concurrence des gratuits, j'ai dû céder. J'ai d'abord envisagé de vous parler du fleuriste de la gare de Neuchâtel. J'y passe souvent quand je teste la ponctualité des trains dans la région des Trois-Lacs. Les fleurs et les sourires y sont toujours frais, les bouquets inventifs et les prix raisonnables. On inspecte chaque arrangement avant de vous le vendre pour y dénicher l'individu en bout de course qu'on remplace aussitôt. Vendredi dernier, j'ai emporté pour 12 francs une brassée de lilas vigoureux et odorants qui hier encore embaumaient mon salon.

Mais c'était un peu publicitaire tout de même. J'ai essayé l'actualité internationale, où j'ai trouvé ça: grâce aux centaines de mètres de murs érigés entre ses quartiers, Bagdad est devenue plus sûre. Entre le 14 février et le 14 avril, seules 1586 personnes y ont été assassinées. Dans les deux mois précédents, il y en avait eu 2971.

Je sentais que je pouvais faire mieux. C'est là que j'ai reçu un mail de Geneviève Piret. Geneviève Piret est ce que le regretté Raoul Riesen appelait une emmerdeuse utile. Elle emmerde avec acharnement pour des tas de causes perdues qu'elle finit en général par gagner. C'est elle qui m'avait présenté Jasminka, dont je vous ai déjà parlé.

Jasminka est Bosniaque. Elle vit - et travaille - à Genève avec son mari et leurs trois petits enfants. L'Office fédéral des migrations voulait les renvoyer dans le village aujourd'hui serbe où elle a été séquestrée et violée pendant 11 jours quand elle avait 13 ans.

Jasminka a résisté. Elle est restée. Une pétition a circulé. Ça a payé: la nouvelle loi sur les étrangers donne aux cantons une petite marge pour leurs bonnes œuvres. Genève l'a utilisée pour sa famille. Elle a reçu un permis à l'année.

Finalement, je suis assez fière de moi: une bonne nouvelle de politique suisse, en matière de droits des étrangers en plus, ce n'était pas gagné.