Les chats ne sont pas ces êtres râleurs, égoïstes et jouisseurs qu'on représente trop souvent. Ils sont distingués, causeurs et affectueux. Et surtout, contrairement à une légende tenace, ils sont utiles. Même dans notre société urbaine pauvre en souris - grâce à qui, d'ailleurs? - leur contribution au bien commun est essentielle.

Pas plus tard que cet été, ainsi, un couple de Rorschacherberg (SG) a dû à la vigilance de ses chats d'échapper aux flammes qui dévoraient son appartement.

Le feu s'est déclaré dans la cuisine, alertant aussitôt l'odorat aiguisé des félins. D'autres - par exemple des souris - se seraient tirés lâchement par la première fente venue. Pas les chats. Les chats ont dit haut et fort leur désapprobation face à cette modification intempestive de leur cadre de vie. Ils ont convoqué une réunion des locataires pour en prendre acte sur-le-champ. Les maîtres se sont réveillés et ont pu se sauver.

Cela nous montre que les chats sont des animaux éminemment serviables. Pour avoir passé une longue partie de ma vie en compagnie de deux chattes attentionnées, je peux en donner cent témoignages.

Le matin, par exemple. Je ne suis pas de celles qui émergent d'un coup, se remplissent les poumons d'air et courent sous la douche. Ma pente naturelle me pousse au contraire à replonger plusieurs fois dans le sommeil et à me laisser remonter doucement à la surface, sans forcer.

Cela prend un temps considérable, incompatible avec une vie active et disciplinée, mes chattes l'avaient bien compris. Aussi veillaient-elles au grain. Au premier frémissement de paupière, elles entraient en action et me rappelaient âprement que c'était pour elles l'heure du frichti. Cela me réveillait très rapidement.

Elles surveillaient ma ligne, aussi. Dès que j'ouvrais le frigo, elles accouraient et détournaient mon attention des excès que j'aurais pu commettre en se frottant contre mes jambes avec insistance. Lorsque je passais à table, elles tentaient avec obstination de passer dessus pour me mettre en garde contre une absorption excessive de cholestérol sous forme de côtelettes, aiguillettes, paupiettes ou croquettes aux herbes de saison.

Elles n'ont jamais été avares de conseils. Elles me guidaient dans mes travaux d'aiguille en prenant le contrôle du fil, approuvaient mes lectures en se couchant au milieu de la page en cours. Elles suivaient les programmes de télévision avec moi, de façon à pouvoir répondre à tout moment à d'éventuelles questions.

Il y a quelques mois, l'une d'entre elles a quitté cette vallée de larmes après une longue vie consacrée au confort public. Depuis, je n'ai plus qu'une chatte - elle me conseille de ne pas me charger d'un jeune individu indiscipliné qui dérangerait tout le monde. Comme c'est une très vieille dame, je dois me débrouiller seule pour beaucoup de choses. Mais il y a un service qu'elle me rend toujours: le soir, si je reste trop longtemps devant la télé, elle me rappelle que je dois me lever tôt le lendemain - et la nourrir avant d'aller me coucher.

Quand je lui ai raconté l'histoire des chats pompiers, elle a fermé modestement les yeux et s'est endormie.