Mes bien chers frères,

Je sens que beaucoup d'entre vous sont saisis par le doute. Que fait la Main invisible? vous demandez-vous. Votre foi est mise à rude épreuve et je vous dois quelques explications.

La Main invisible, soyez rassurés, est toujours là. Mais elle n'est pas au meilleur de sa forme. J'oserai cette image: elle a eu une crampe. Violente.

Il n'est même pas sûr, je serai tout à fait franc, qu'elle soit entièrement remise. Mais cela n'autorise aucun de vous à douter de son existence. Son indisposition passagère est au contraire la preuve que cette existence, loin d'être uniquement symbolique comme le soutiennent nos frères égarés d'Attac, est bien réelle, charnelle même.

Cette crampe a suscité des événements troublants. L'effondrement de toutes les valeurs cotées d'abord. Et la nécessité douloureuse de faire appel aux Etats.

A l'heure où je vous parle, nous ne savons pas si leur intervention aura permis de pallier la défaillance temporaire de l'Instance supérieure. Et déjà, elle soulève des questions pernicieuses qui perturbent, je le sais, certains d'entre vous.

J'ai entendu, ainsi, mentionner l'Etat Providence. Vade retro! L'Etat Providence punit l'esprit d'initiative du fort pour éviter au faible d'avoir à prendre des risques et récompenser son absence totale de sens des responsabilités. Les Etats libéraux, dans les jours difficiles que nous vivons, ont fait le contraire. Ils ont garanti les gains des forts pour leur permettre d'exercer pleinement leur sens des responsabilités, sans risque inutile. Comme je l'ai dit, il n'est pas entièrement sûr que ça marche. Mais au moins n'aurons-nous pas composé avec le malin.

Une autre question vous trouble: qui va payer? Soyons tout à fait francs, je la comprends: moi-même, avec mes hypothèques... Je m'égare. La réponse est simple: personne.

Les sommes avancées vous paraissent astronomiques et il est vrai que comparé à mon propre revenu... Hem. Leur montant, mes frères, ne doit pas nous impressionner car elles ne sont pas destinées à être dépensées. Il suffit qu'elles rétablissent la confiance pour qu'elles restent à tout jamais virtuelles.

J'entends le murmure inquiet qui monte de vos bancs: Et si la confiance n'est pas rétablie? Hommes de peu de foi! J'ai dit que la Main invisible était indisposée, pas mourante. Et d'ailleurs, si la confiance ne revient pas, croyez-moi, on se fichera bien de quelques centaines de milliards en plus ou en moins, parce que là...

Excusez-moi. Je disais donc que la confiance reviendra. Il n'est pas exclu toutefois que d'ici là, la fermeté de votre engagement soit testée. Vous pourriez être amenés, que la Flat Tax nous vienne en aide, à payer plus d'impôts. Mon message à ce sujet sera clair: les impôts sont mauvais mais il est des circonstances où ils constituent un moindre mal.

Et l'essentiel est préservé: les fortunes qui comptent ont déjà commencé à se mettre à l'abri. Divinement inspiré - ce qui montre, entre nous, que la Main invisible reprend des couleurs - Peter Brabeck a planqué ses millions à Verbier. Quoi qu'il arrive, les forts resteront forts.

Amen.