La qualité et le savoir-faire de l'enseignement sont la cause première du taux de réussite des élèves à l'école primaire. On savait le travail pédagogique de l'instituteur crucial mais, pour la première fois, une étude estime son importance. «Les résultats de notre étude montrent très clairement que le succès scolaire d'un élève dépend dans une mesure décisive de la classe dans laquelle il se trouve et surtout de son maître ou de sa maîtresse», explique de Zurich Christian Aeberli, chef de projet d'Avenir Suisse, une fondation soutenue par les milieux économiques. «Ces chiffres montrent que nous avons une grande responsabilité», remarque Salomé Bonnot, enseignante dans une classe de 4e primaire à Genève.

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont fait passer les mêmes examens à la fin de l'année scolaire à 1108 élèves de 3e primaire dans 61 classes réparties dans six cantons. Les copies une fois corrigées ont révélé d'énormes différences entre les classes. Alors que les meilleures d'entre elles réussissaient en moyenne 89,1% des exercices en allemand (langue maternelle), les moins bonnes n'y parvenaient, toujours en moyenne, qu'à 57,9%. Même constat en mathématiques où les valeurs extrêmes s'établissaient entre 85,6% et 48,7% de réussite.

Premier constat: les enfants qui ont bénéficié des enseignants des meilleures classes durant trois ans «ont appris une bonne moitié de mieux ou de plus» en allemand que ceux qui avaient les enseignants des moins bonnes classes. Et trois quarts «de mieux ou de plus» en mathématiques.

Mais ces différences de notes, aussi grandes soient-elles, peuvent s'expliquer par de nombreux facteurs. Tout le monde s'accorde à dire que les performances scolaires de l'enfant sont liées en partie au niveau socioprofessionnel des parents. Plus ces derniers sont qualifiés, par exemple, plus ils ont tendance à aider leur progéniture à faire ses devoirs. Mais ce n'est pas la seule variable qui a une influence sur la réussite. Les résultats scolaires dépendent aussi de la langue maternelle de l'élève et, bien sûr, des facultés propres à chacun des enfants. «Le temps de travail est aussi important, souligne Jean-Claude Marguet, chef de service de l'enseignement obligatoire du canton de Neuchâtel. Plus on expose l'enfant aux textes et à la lecture, plus ses chances de réussir sont grandes.»

Après avoir neutralisé tous ces éléments (parents, langue et intelligence), les chercheurs ont ramené les différences mesurables presque exclusivement à un seul facteur: le savoir-faire pédagogique de chaque enseignant. Et, sur ce point là, la surprise est grande. La qualité de l'enseignement permet ainsi d'augmenter de 16,8% le nombre d'examens réussis en allemand, en moyenne encore une fois, et de 22,7% pour les mathématiques. En revanche, les qualifications des parents ne font progresser le taux de réussite que de 9% en mathématiques et la langue maternelle de 13% seulement.

Ce résultat étonnant par son ampleur pourrait être détonant dans le canton de Genève. Parmi les 190 personnes qui ont commencé à la rentrée scolaire 2002 une carrière dans l'enseignement primaire, près de 45% d'entre elles n'ont pas été formées pour ce métier selon les statistiques du Département de l'instruction publique. Ces nouvelles recrues ont décroché un titre universitaire principalement dans les Facultés de psychologie, de sciences politiques et de lettres. Elles suivent actuellement des cours de formation continue qui se prolongeront durant les trois premières années. Thérèse Guerrier, directrice à la Direction générale de l'enseignement primaire, est rassurante: «Nous avons renforcé nos services de formation continue. Rien que pour cette année, le département a engagé dix formateurs supplémentaires dont la seule tâche est d'encadrer les nouveaux venus afin d'améliorer la qualité de l'enseignement.»