«Suite à la publication de mon bouquin, je pense que des enquêtes vont être rouvertes et des notables tessinois inquiétés. D'autant plus que je n'ai pas encore tout dit. J'ai là un gros dossier de preuves. Mais d'abord, je veux mener un petit jeu psychologique. Une des affaires est la suivante. En 1991, lorsque je travaillais encore au Brésil sous couverture, j'ai découvert qu'une organisation préparait un transport de quelques tonnes de cocaïne vers l'Italie. On m'a accusé d'avoir inventé ces informations pour justifier mon transfert au Brésil. Personne ne m'a cru. Le 4 mars 1994, à Turin, la police italienne a saisi 5,4 tonnes de drogue et l'enquête a démontré qu'elle avait été acheminée par cette même organisation internationale, brésilienne, colombienne et italienne, que j'avais dénoncée. Or la mafia sicilienne, destinataire de la marchandise, avait créé deux sociétés d'importation de marchandises à Lugano, par l'entremise d'une étude d'avocats de la place, dont un des membres a exercé d'assez hautes fonctions dans la politique tessinoise. Pour ce faire, ils ont présenté des faux papiers tellement faux qu'un gamin s'en serait rendu compte. C'est grâce à ces sociétés que 10 tonnes de cocaïne au total sont entrées en Italie. Les marchandises qui servaient de couverture, ils les ont refilées à la Croix-Rouge, à l'Unicef, à l'ex-Yougoslavie. Suite à la saisie de Turin, une commission rogatoire italienne a fouillé l'étude et trouvé des pièces fausses. Mais personne n'a été inquiété.»