PORTRAIT DERUrbain Girod

Revenir sur terre

Le pépiniériste chablaisien s’est associé à la Fondation Opaline pour développer un nouvel écosystème qui, sur le principe des jardins participatifs, nous reconnecte à la nature

Il y a ce dessin très évocateur sur le site web de son entreprise: un singe descend d’un arbre, marche accroupi puis debout, devient homme, se saisit d’un outil, creuse la terre puis plante un arbre. Remontera-t-il dessus? Peut-être, à la manière d’un enfant, pour cueillir un fruit, se cacher ou voir plus loin. Optons pour ce dernier choix, car la vue est belle: les Alpes et Saint-Triphon, village du Chablais vaudois perché sur une douce colline, avec sa tour médiévale du XIIIe siècle. Le jardinier et pépiniériste Urbain Girod est né à côté, à Monthey, à 400 mètres d’altitude, mais c’est en plaine qu’il s’épanouit parmi les arbres et les plantes. Soixante hectares de terrain en tout. De quoi proposer un très large éventail de végétaux. «Que du local», insiste-t-il.

L’entreprise est une histoire de famille. Elle a été créée par le grand-père d’Urbain, un éleveur de bétail. Avec son fils Raymond, il s’est lancé, dans les années 1950, dans la production fruitière à Chöex sur 4 hectares. A cette époque, les plantes d’ornement commençaient à être très en vogue. La petite société familiale a donc élargi son offre. Elevé, dit-il, dans la culture, Urbain apprend le métier au centre d’horticulture de Lullier (Ge) et, à sa sortie, épaule son père. Il dirige aujourd’hui l’affaire familiale qui emploie une trentaine de salariés. Une quatrième génération arrive puisque Urbain est désormais secondé par sa fille Audrey, 29 ans, qui a décroché un CFC orientation pépinière et est diplômée en gestion d’entreprise.

Local et bio

Parce que la notion d’éthique environnementale est profondément ancrée en lui, Ubain a été approché par la fondation Opaline, créée par Sofia de Meyer qui a lancé la marque de jus de fruits écoresponsable du même nom. Tous deux se connaissent depuis longtemps: «J’ai mis l’un de mes chalets à sa disposition lorsqu’elle a ouvert au-dessus de Monthey ses premiers Whitepod (igloos).» Aujourd’hui, Urbain ouvre à Opaline l’un de ses vergers à Bex. Cette année, 440 pommiers ont été plantés, de jeunes pousses de la maison Girod, Du pur local et du bio forcément.

Le projet d’Opaline consiste à faire parrainer ces arbres, offrir les fruits aux parrains, mais surtout financer un écosystème qui bénéficie à un cercle local. «C’est un cycle économique collaboratif. Jusqu’ici, nous avons cherché à reconnecter les gens à la nature à travers un jus purs fruits et une limonade. Désormais, nous faisons un pas supplémentaire, on les reconnecte avec les arbres», explique Sofia de Meyer.

Ces jardins «participatifs» contribuent à préserver la biodiversité puisque d’anciennes espèces d’arbres vont être plantées, une vingtaine de variétés de pommes seront récoltées, des fleurs et des plantes vont être disséminées entre ces arbres. «Le modèle est celui de la prairie fleurie, on fauche à la main, on installe des nichoirs, on ne traite pas, mais on laisse les fouines, les rapaces et autres animaux entretenir à leur façon les lieux», résume Urbain. Cinq cents nouveaux arbres, des poiriers, seront plantés au printemps. Le prix d’un parrainage a été fixé à 250 francs par an (seul ou à plusieurs) et la somme récoltée sert, entre autres, à rémunérer le pépiniériste qui a planté les arbres et en assure l’entretien avec ses employés. Des personnes en phase de réinsertion sociale, voire des retraités, pourront ainsi aussi être rétribuées lors des récoltes.

Sofia de Meyer espère que ce type de vergers puisse se multiplier, notamment en Valais et dans les environs de Genève, pour assurer des revenus fixes aux nombreux agriculteurs qui travaillent à perte et vivotent grâce aux subsides.

Jour de fête

Ce samedi 22 septembre, 180 amis (dont 60 enfants) sont attendus au pied des 440 pommiers pour une fête. Et lancer véritablement le projet de jardins participatifs (auquel Le Temps s’est associé), un lieu de vie et d’éducation avec des ateliers pour les scolaires et les adultes, un apprentissage de la taille et de la cueillette, des chemins sensoriels, une initiation à la méditation, des leçons d’ornithologie et d’apiculture avec la spécialiste genevoise des abeilles Stéphanie Vuadens.

«Le retour à la terre est inéluctable», dit Sofia de Meyer. Urbain Girod approuve, lui qui ne s’en est jamais éloigné. Au point de la fouler parfois sur des centaines de kilomètres, en short, maillot et chaussures de course. Il a participé à plusieurs reprises à la mythique compétition de marche Paris-Colmar (430 km d’une traite en quatre jours). Il a été champion de Suisse des 35 km, a détenu le record du tour du lac Léman. Il marche désormais moins pour le résultat que pour le plaisir: il vient de participer du 2 au 9 septembre dernier au Swisspeak trail (360 km des glaciers au Léman) parmi les paysages valaisans. On lui demande comment il peut ainsi marcher sans éprouver le besoin de sommeil. Il répond qu’il se met dans un certain état de somnolence. Comme parfois la terre lorsqu’elle se repose, tout en travaillant.


Profil

1963: Naissance à Monthey.

1982: Diplômé de l’école d’horticulture de Lullier.

1989: Naissance de sa fille Audrey.

2005: Ouvre la jardinerie de Saint-Triphon.

2013: Naissance de Lilou.

2018: Plante 440 pommiers en faveur de la Fondation Opaline.

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