Le revolver à six coups avec lequel Paul Verlaine avait essayé de tuer Arthur Rimbaud, un après-midi de juillet 1873 à Bruxelles, est vendu aux enchères mercredi soir chez Christie’s à Paris. L’arme du crime est un revolver Lefaucheux, une célèbre marque de l’époque, à la crosse de bois, un six coups de calibre 7 millimètres. Il est estimé entre 50 000 et 60 000 euros.

Paul Verlaine avait acheté le revolver le matin même de l’incident chez un armurier bruxellois, avec une boîte de 50 cartouches. Confisqué par la police, le revolver avait été rendu à l’armurerie Montigny avant d’être cédé en 1981, au moment de la fermeture de ce magasin, à son actuel propriétaire, un huissier de justice belge, nommé Jacques Ruth.

Une incroyable trouvaille

Depuis cette époque, le revolver dormait dans un placard. C’est en voyant au début des années 2000 le film sur les amours entre Rimbaud et Verlaine, «Rimbaud Verlaine» avec Leonardo DiCaprio que Jacques Ruth se rend compte qu’il possède un trésor. Il contacte un conservateur de la Bibliothèque royale de Belgique, Bernard Bousmanne, commissaire d’une exposition consacrée à Rimbaud en 2004 à Bruxelles.

«J’ai cru à une plaisanterie. Mais tous les éléments correspondaient, le modèle, la date et le lieu de fabrication. Nous avons même demandé des expertises balistiques à l’Ecole royale militaire de Bruxelles. Elles ont été concluantes», a indiqué Bernard Bousmanne aux médias belges.

Le coup de feu le plus célèbre de la littérature française

Le 10 juillet 1873, à 14 heures, dans une chambre d’hôtel de la rue des Brasseurs à Bruxelles, trois personnes sont réunies. Paul Verlaine, sa mère et le jeune Arthur Rimbaud. L’ambiance est électrique. Soudain, deux coups de feu claquent.

Verlaine, alors âgé de 29 ans, tire sur Rimbaud de dix ans son cadet. Une balle blesse le jeune homme au-dessus de l’articulation du poignet. L’autre va se loger dans le plancher. S’achèvent ainsi le coup de feu le plus célèbre de la littérature française et une querelle qui, heureusement, aura fait couler plus d’encre que de sang.

«Voilà pour toi puisque tu pars!»

La brouille entre les deux hommes a commencé à Londres en mai 1873. Le torchon brûle entre les deux amants. Verlaine a envie de renouer avec sa femme, Mathilde, épousée en 1870, un an avant sa rencontre avec Arthur Rimbaud. Après une énième dispute, il plaque son jeune amant et part pour Bruxelles. Rimbaud le rejoint.

Verlaine a des envies de suicide, Rimbaud parle de s’engager dans l’armée. Ils s’enivrent, pleurent, connaissent le désespoir des amours qui s’achèvent. Avant de lui tirer dessus, Rimbaud raconte que Verlaine lui aurait dit: «Voilà pour toi puisque tu pars!».

La détonation et la vue du sang ont calmé tout le monde. Le trio se rend à l’hôpital. A peine pansé, Rimbaud songe à quitter Bruxelles pour Paris. Verlaine, qui a gardé l’arme avec lui, le menace à nouveau en pleine rue. Rimbaud hèle un policier qui arrête tout le monde.

Paul Verlaine sous les barreaux

On connaît la suite. Paul Verlaine est condamné à deux ans de réclusion à la prison de Mons. Dans sa cellule, où il passera 555 jours, Verlaine écrira les 32 poèmes de «Cellulairement» qu’il dispersera dans les recueils «Sagesse», «Jadis et naguère», «Parallèlement» ou «Invectives». Rimbaud, rentré chez sa mère, se met à l’écriture d'«Une saison en enfer». Verlaine et Rimbaud se reverront brièvement une dernière fois après la libération du premier, en février 1875, à Stuttgart où Rimbaud remet à son ami le manuscrit des «Illuminations».

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La ville natale de Rimbaud, Charleville-Mézières (nord-est), a lancé une souscription publique pour acquérir ce revolver et enrichir la collection du musée consacré au poète.