C'est son épouse qui accueille. On est chez eux. A Neuilly. N'allez pas crier à la provocation. Lui visait Paris intra-muros, cherchait un «pied-à-terre» depuis longtemps. On s'attendait à fouler le marbre d'un hôtel particulier, ça ressemble à une maison. Chez ledit «richissime» Richard Attias, nulle gouvernante en noir et tablier blanc. D'accord, il a une femme de ménage mais pas de yacht, ni de Jaguar avec chauffeur ou de jet privé. Il voyage les deux tiers de son temps. Passe le restant ici, ou dans le Connecticut, maison située à Greenwich. Comme le quidam, il a des emprunts mais il est exclu de parler argent. Quand on lui demande son signe extérieur de richesse, il dit sans hésiter: «Ma liberté.» Il a le verbe très, très mesuré, ne veut en aucun cas «déclencher l'ire de qui que ce soit».

Il sera furax que l'on détaille son salon. Allons-y! Volumes optimisés, cheminée et parquet. Sur la table basse, une boîte de chocolats Pierre Marcolini. Un chien au format nain vient se coucher au pied du sofa rouge foncé. A la question pedigree, Cécilia Attias répond: «La race, je crois que c'est une erreur.»

Lui vient d'arriver de Dubaï. Il déboule, bonne mine, en jean, la chemise blanche impeccable. Devant la glace, il râle de se trouver enrobé et tient à se raser pour la photo. Elle propose un café, s'en va le préparer. Son regard, à elle, a changé. Nulle distance, zéro inquiétude, plus aucune dureté.

Il est de bonne humeur, pourtant ça y est. Ses ennemis, dont il se garde de parler, car il en aurait plus d'un et des sérieux à ce qu'il paraît, peuvent être satisfaits. Il semblerait que l'on ait eu la tête d'Attias. Exit, donc, l'incontournable faiseur d'événements, le quadra au regard vert-de-gris, si prévenant et si avenant, qui a tant fait japper le landerneau parisien depuis le congrès de l'UMP, le parti de Nicolas Sarkozy, qu'il organisa en 2004 et où il croisa Cécilia. Richard Attias, président et actionnaire minoritaire de PublicisLive, vient de revendre ses parts au groupe pour arranger tout le monde. Ce n'est donc plus à Davos que l'on croisera l'organisateur du World Economic Forum. Et le résident suisse depuis 1997 ne l'est peut-être plus pour longtemps. Il reste «en bons termes» avec le patron de l'agence, qui le mandatera pour des missions de consulting. «Le Forum de Davos n'était pas compatible avec certaines opérations que je souhaite mener et dont je ne veux plus me priver.» C'est visiblement plus simple de formuler les choses ainsi.

Monsieur Attias serait-il devenu faillible? «C'est ce que l'on doit penser. Mais le microcosme parisien n'est pas mon quotidien. Mes contacts professionnels se situent ailleurs dans le monde», répond-il, en terminant un yaourt à la vanille en guise de déjeuner.

Son épouse crée une agence d'événementiel axée sur l'humanitaire, le social et le culturel. Sera-t-il à ses côtés? Il répond «oui» certainement. Lui ne cache pas qu'il a de «gros projets» à l'international et au Moyen-Orient où il «se sent chez lui depuis longtemps» pour avoir organisé les différents sommets de la Ligue arabe et créé la Conférence de Pétra. Motus question détails: «On me dit superstitieux, je suis surtout parano. Ma fille a longtemps cru que j'avais inventé le concept de la paranoïa, tellement j'en incarne la définition.»

Sa petite cuillère vient de tomber. Elle n'est pas poinçonnée Puyforcat mais Habitat. Du pouvoir, il refuse de considérer qu'il en ait. Richard Attias croit plus au pouvoir des ONG qu'à celui des politiques. Citoyen marocain, il n'a jamais voté et se définit comme «humaniste social». Il admire Muhammad Yunus, le père du microcrédit, et Richard Branson, le patron de Virgin. Se classe d'emblée dans la catégorie des hommes de défis. «La seule chose que je craigne, c'est la mort que je n'appréhende pas comme une étape vers autre chose.» Dans les moments graves, il considère la religion comme un «cabinet secret où on peut se retrancher pour méditer». Calé dans le sofa, il fait tourner son alliance autour de son doigt. Mais que va-t-on bien pouvoir raconter au sujet de l'homme de Davos désormais? Lui, que l'on a présenté, sans économie de mépris, comme «riche publicitaire, juif marocain». Celui que la franchouillarde masculinité catalogue à huis clos «Don Juan au palpitant vingt-quatre carats». Richard Attias, ledit «monsieur Cécilia». «Je regrette d'être sorti de l'anonymat avec ce statut, mais pour autant, j'en suis fier. Je n'avais pas toujours mesuré la notoriété de Cécilia.» A Dublin, récemment, un groupe d'adolescents lui a demandé à se faire prendre en photo avec elle. Il a tenu l'appareil et a shooté.

Richard Attias est né à Fès. Il y est retourné avec sa femme, pour la première fois, au début de l'année. Dernier de quatre enfants, son père était haut fonctionnaire dans les travaux publics, sa mère, au foyer. Scolarité parfaite, tête de classe, il se souvient de son père lui passant un méchant savon pour n'avoir été que premier ex aequo avec une certaine Janine Sanguinetti. Dont il n'a jamais oublié le nom. Il a 16 ans quand ses parents s'installent à Bordeaux. «Pour moi, la France était le pays de la télévision en couleurs. Je ne décollais pas de l'écran. J'adorais Le Petit Rapporteur, avec Desproges et Jacques Martin.» Avec son diplôme d'ingénieur, il entre chez IBM France, puis crée une société d'événementiel, passée dans le giron de Publicis en 1998. De lui, Jocelyne Attal, rencontrée chez IBM et témoin à son mariage, dit: «Richard a des valeurs très fortes de travail, de loyauté et de fidélité. Il sait créer l'émotion, écouter et se remettre en question.»

On le dit séducteur, il préfère le terme de méditerranéen. On le dit maniaque, il rectifie par méticuleux. Se décrit impulsif, tempérament de feu et très émotif. «Quand je gueule, c'est généré par un manque d'efficacité. Je sais aussi demander pardon.» Il a divorcé en 2001. Sa première femme, la mère de sa fille Alexandra (17 ans), est avocate. «Elle est restée ma meilleure amie.» Du père, sa fille dit: «Il est très famille. Protecteur, attentionné et généreux. On se téléphone vingt fois par jour, mais s'il crie, surtout si c'est à cause de mes notes, il vaut mieux dégager la zone fissa.» La fille aînée de Cécilia, Jeanne-Marie, également témoin de Richard, renchérit: «Il est génial.»

Richard Attias n'ose pas dire qu'il roule en Range Rover, porte du Ralph Lauren et du Brooks Brothers. Il ne cite pas ses amis, mais «a gardé les mêmes depuis toujours». Il aime Delacroix, Dufy, Rodin, Jules Verne et Saint-Exupéry. Adore que les choses soient à leur place et puis aussi le poulet rôti, la paella et la glace à la vanille de chez Edy's.

Avec Big, le microchien, on est maintenant cinq à occuper les canapés du salon. Il est en ligne sur son Blackberry. Cécilia Attias repose sa tasse de café, se lève, part, revient puis dit: «Moi, finalement, dans la corbeille de mariage, je ne lui ai apporté que des emmerdes.»