«La seule manière de les convaincre d’y aller, c’est de leur dire qu’on a trouvé des truffes en Irak.» La pique émane du comédien Dennis Miller, évoquant la réticence des Français à soutenir la guerre en Irak. Lorsque l’on songe aux humoristes américains, on pense immédiatement à Jon Stewart ou Stephen Colbert, voire à Jay Leno ou David Letterman, tous solidement ancrés à gauche de l’échiquier politique.

Dennis Miller appartient à une autre catégorie, plus rare: l’humoriste de droite. Ce comédien de 59 ans, qui a débuté sa carrière au Saturday Night Live et est connu pour son style agressif de «ranter» (gueuleur), se décrit comme un «conservateur libertarien». Il soutient aussi bien la guerre en Irak et en Afghanistan que l’avortement ou le mariage gay. Tout en niant l’existence du réchauffement climatique.

La famille des humoristes pro-républicains est petite. On y trouve P. J. O’Rourke, autre adepte des idées libertariennes, Daniel Tosh, George Carlin, Paul Shanklin ou Don Rickles, et une multitude de dessinateurs comme Michael Ramirez ou Steve Kelley. L’écrivain satirique Christopher Buckley, auteur de l’ouvrage Thank you for smoking, appartient également à cette galaxie conservatrice, tout comme le scénariste de The Simpsons, John Swartzwelder, qui a infusé le célèbre dessin animé de valeurs anti-Etat, pro-armes et anti-environnement.

L’humour républicain vit une sorte d’âge d’or, propulsé par le 11-Septembre et l’élection de Barack Obama. «Dennis Miller avait des idées relativement libérales à l’origine, mais il est devenu très conservateur suite aux attentats de 2001», indique Sophia McClennen, une chercheuse à la Penn University, qui vient de publier un ouvrage sur la satire politique. Obsédé par la sécurité, il défend désormais tout ce qui permet de protéger son pays contre la menace islamiste.

Quant à l’élection du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis, elle a fourni une cible de choix aux humoristes républicains, surtout ceux proches du Tea Party. «Barack Obama est devenu le symbole de tout ce que nous détestons», note Glenn Foden, un dessinateur conservateur. Parfois, la dérive raciste n’est pas très loin. «Le président est passé chez moi l’autre jour, mais la serpillière était cassée», a ainsi plaisanté l’humoriste Don Rickles lors d’un spectacle, évoquant le cliché associant Afro-Américains et employés de maison. Paul Shanklin a pour sa part réalisé une vidéo parodique en 2007 intitulée Barack the Magic Negro, où le président apparaît à côté du drapeau de l’URSS, habillé en rappeur. «Dans les Etats-Unis post-mouvement des droits civiques, il n’est plus possible de se montrer ouvertement raciste, relève Geoffrey Baym, un sociologue des médias à l’Université de Caroline du Nord. Mais l’humour est une façon détournée de le faire.»

Les humoristes et illustrateurs de droite ne manquent pas de canaux de diffusion. La chaîne Fox News et les magazines The Weekly Standard et The National Review leur donnent fréquemment la parole, tout comme de nombreux quotidiens régionaux. Ils sont également très présents sur Internet, sur des plateformes comme «Townhall» ou «The Comical Conservative».

«Les radios sont largement acquises à notre cause», complète Bob Gorrell, un dessinateur conservateur, qui cite les animateurs populistes Rush Limbaugh et Glenn Beck. Cela ne l’empêche pas de déplorer, comme la majorité de ses collègues, «le biais gauchiste de la plupart des grands médias». Il rappelle que Michael Ramirez, qui a longtemps officié pour le Los Angeles Times, a été remercié en 2006 en raison de ses vues conservatrices.

Les critiques rétorquent que le niveau des comiques pro-républicains laisse parfois à désirer. «En 2007, Fox News a lancé une émission quotidienne, intitulée The Half Hour News Hour, qui se voulait un antidote de droite au Daily Show de Jon Stewart, relate Geoffrey Baym. Elle était produite par Joel Surnow, le créateur de la série 24 heures chrono, mais elle n’a pas duré plus de 17 épisodes.» La qualité n’était, semble-t-il, pas au rendez-vous. «Les blagues étaient grossières et méchantes, traitant par exemple Hillary Clinton de lesbienne ou utilisant les initiales de Barack Obama pour dire qu’il sent mauvais [BO est l’acronyme de «body odour» en anglais, ndlr]», précise-t-il.

Pour Sophia McClennen, l’humour républicain est handicapé par les idées mêmes qu’il véhicule. «La satire politique est fondée sur la dénonciation de l’ordre établi, alors que les conservateurs se positionnent en défenseurs du statu quo, dit-elle. Pour être drôles, il ne leur reste que la stigmatisation de certaines catégories sociales, comme les femmes ou les minorités.» Glenn Folden pense pour sa part que le manque d’imagination déployé par certains humoristes conservateurs est dû à la nature de leur public. «Les gens de droite sont en général plus âgés que ceux de gauche. Or, l’humour est un médium qui s’adresse essentiellement aux jeunes.»

La seule manière de convaincre les Français d’aller en Irak, c’est de leur dire qu’on y a trouvé des truffes ,,

Dennis Miller Humoriste sur Fox News