Mobilité

Roboat, la navette autonome bonne à tout faire 

Directeur d’un laboratoire urbain au MIT, membre du WEF, Carlo Ratti travaille sur un bateau autonome sans pilote, actuellement en test à Amsterdam. Pour l’architecte et ingénieur italien, l’avenir de la mobilité citadine aura deux dimensions. Les taxis drones et autres voitures volantes ne sont que science-fiction

Les véhicules autonomes sont promis à un brillant avenir. Mais comment les envisager dans des milieux urbains au bord d’étendues maritimes ou lacustres, traversés par des canaux, vulnérables à la montée des eaux qui sera l’une des conséquences du réchauffement climatique? Carlo Ratti a une idée: transférer la technologie des voitures autonomes à des navettes aquatiques, aptes à transporter des personnes, des marchandises, à s’assembler entre elles pour se transformer en ponts ou scènes temporaires.

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Architecte et ingénieur italien, Carlo Ratti dirige le Senseable City Lab du Massachusetts Institute of Technology (MIT), un laboratoire de référence consacré aux innovations urbaines. Il est aussi membre du conseil de réflexion sur le management citadin au World Economic Forum. Carlo Ratti a conçu Roboat, une navette autonome dont les tests viennent de commencer à Amsterdam. Doté d’un budget de 25 millions d’euros sur cinq ans, le projet associe le MIT à l’Amsterdam Institute for Advanced Metropolitan Solutions (AMS), ainsi que les Universités de Delft et Wageningen.

Vitesse limitée

«Nous appliquons simplement la technologie des voitures autonomes à des bateaux autonomes, avec quelques différences, note Carlo Ratti. Les principes sont similaires: scanner l’environnement grâce à des capteurs, y compris un Lidar 3D, pour nourrir d’informations un système d’intelligence artificielle qui donne des instructions de conduite à un véhicule.» Une différence clé tient dans les capteurs: l’ingénieur en expérimente une grande variété pour les adapter à l’environnement aquatique.

«Le comportement du véhicule est aussi différent. La navigation aquatique peut être plus simple que la conduite automobile: les canaux accueillent moins de modes de transport que les routes – pas de vélos ni de piétons – et les limitations de vitesse sont plus strictes. Elle vient d’ailleurs d’être abaissée à 6 kilomètres/heure à Amsterdam.»

Scène flottante

«Les Roboats peuvent avoir une grande quantité de fonctions, poursuit Carlo Ratti. Ils accompliront des tâches qui seraient bien plus onéreuses avec un contrôle humain. Comme transporter des personnes et des paquets dans un réseau de canaux. Ils seront aussi capables de mesurer la qualité de l’eau dans le cadre de programmes de santé publique, de pollution, d’environnement. Ces mesures en temps réel peuvent être utiles à Amsterdam. Où par exemple 12 000 vélos finissent chaque année au fond des canaux.»

Les lois de la physique sont contre nous. Si vous assistez de près au décollage d’un hélicoptère, vous comprenez qu’une quantité très importante d’énergie est requise pour soulever ce lourd objet dans les airs

Carlo Ratti

Les Roboats peuvent enfin servir à des infrastructures éphémères: leur modularité permet de les assembler en ponts piétonniers ou scènes «pop-up» pour des spectacles et concerts. Outre Amsterdam, ils intéressent Boston, ville côtière qui réfléchit à sa circulation urbaine lorsqu’elle subira les premiers effets de submersion du réchauffement climatique.

L’avenir de la mobilité dans les agglomérations urbaines? Pour Carlo Ratti, il sera bidimensionnel, surtout pas tridimensionnel, à l’azur zébré de taxis drones ou de voitures volantes: «Les lois de la physique sont ici contre nous. Si vous assistez de près au décollage d’un hélicoptère, vous comprenez qu’une quantité très importante d’énergie est requise pour soulever ce lourd objet dans les airs. Les rotors des drones sont essentiellement de gros ventilateurs qui poussent l’air vers le bas pour créer une propulsion vers le haut. Cela engendre beaucoup de turbulences et de bruit.»

Pollution sonore

«Les habitants de New York le savent bien, remarque l’ingénieur. Ils se sont plaints du bruit causé par les héliports près du fleuve Hudson, ce qui a conduit à une réglementation plus stricte. Même avant cette restriction, il n’y avait que 5000 vols par mois. Imaginez huit millions de résidents qui voleraient dans le ciel de New York, une fois par mois: la ville deviendrait invivable.» Il épingle également les problèmes de sécurité. Même autonome, une voiture est potentiellement dangereuse. Qu’en sera-t-il d’une panne de batterie, d’un problème informatique ou d’une rupture de pale sur un taxi drone dans une zone densément peuplée?

Cela posé, Carlo Ratti envisage un futur pour les drones sans pilotes, avec ou sans passagers, mais dans des régions peu habitées. Ou pour des tâches de transport de matériel.

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Le plancher des vaches comme seul horizon? La fin du rêve de la voiture volante? L’architecte et ingénieur italien cite Paul Valéry: «Dans la vie moderne me plaît ce qui nous permettra de conduire plus pacifiquement et plus facilement une vie non moderne.»

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