Technologie

Le robot et les enfants malades

Le traitement d’une maladie chronique ou à long terme impose un éloignement scolaire et social à l’enfant. Une start-up norvégienne, No Isolation, propose une solution pour remédier à cet isolement

Haut de 27 cm, AV1 (pour Avatar) se pose sur un bureau en classe pour permettre à un jeune qui ne peut pas se déplacer de prendre tout de même part aux leçons. Doté d’une caméra, d’un microphone et d’un haut-parleur, il se pilote à distance depuis une application sur la tablette ou le smartphone de l’enfant. Ainsi le cours donné par l’enseignant est transmis par vidéo en live, sur son écran. Une diffusion qui est volontairement à sens unique, pour éviter à l’enfant d’être vu s’il est changé physiquement.

Depuis son lit d’hôpital ou depuis son domicile, l’enfant, en glissant son doigt sur l’application, peut faire tourner la tête du robot à 360 degrés, afin de voir autour de lui, et aussi le faire clignoter pour signaler son envie de participer au cours – comme s’il levait la main. Il peut parler fort, moins fort et même chuchoter. Et comme à travers AV1 il pèse seulement 2 kg, ses camarades peuvent l’emporter avec eux en récréation ou s’installer dans un coin tranquille pour lire à ses côtés. Il peut encore les accompagner à un match de football, à un anniversaire ou même faire les courses avec ses parents. Connecté par Wi-Fi ou 4G, le robot offre une grande mobilité et une autonomie de huit heures avant de devoir être rechargé.

Il devient ainsi les yeux, les oreilles et la voix de l’enfant pour l’aider à poursuivre sa scolarité et continuer à participer à distance aux activités de son âge. Son design volontairement épuré et lisse peut être personnalisé avec des autocollants. Et par cette téléprésence, la réintégration sera plus facile lors du retour en classe.

Se reconnecter avec le monde

AV1 a été lancé en Norvège en 2015, né de l’idée d’un des trois fondateurs de la start-up No Isolation, une jeune femme âgée alors de 26 ans nommée Karen Dolva, à la suite de sa rencontre avec la mère d’une adolescente décédée d’un cancer. «Le plus dur, lui avait-elle confié, ce n’était pas le traitement, mais les deux dernières années de sa vie où elle a été coupée de tous ses amis.» Alors Karen Dolva a imaginé un robot de téléprésence. Trois ans plus tard, 850 AV1 sont utilisés dans une dizaine de pays: aux Royaume-Uni, en Allemagne, en France, au Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, en Norvège, en Suède, au Danemark et en Finlande.

Les utilisateurs d’AV1, âgés entre 5 et 19 ans, présentent une grande variété de diagnostics, notamment EM/SFC (syndrome de fatigue chronique), cancer, paralysie cérébrale, anxiété, maladie de Lyme, maladies gastro-intestinales, infections virales et maladies rares comme les maladies auto-immunes ou le syndrome Ehlers-Danlos (une anomalie génétique du tissu conjonctif). Mais ce que ces diagnostics ont tous en commun, c’est qu’ils infligent à ces enfants et adolescents une rupture avec le monde extérieur.

Le robot norvégien fait également l’objet de projets de recherche qui sont en cours dans plusieurs universités norvégiennes et d’une étude qui va démarrer au Royaume-Uni, pilotée par le Département de l’éducation dans le cadre de son programme pour lutter contre la solitude. Pendant les deux prochaines années, des chercheurs britanniques vont «étudier l’efficacité de 90 AV1 pour le soutien qu’il peut apporter aux enfants atteints de maladies physiques et mentales, ainsi que le rôle que la technologie peut jouer dans leur réintégration dans les écoles ordinaires ou spéciales».

Confidentialité garantie

Toutes les mesures de sécurité ont été prises pour assurer la vie privée des jeunes usagers. Les données sont cryptées entre les serveurs, et l’enfant, connecté à un seul appareil, fait fonctionner son robot en introduisant un code unique à quatre chiffres connu de lui seul. No Isolation ne recueille pas ses données personnelles. Le feedback lui est donné par ses distributeurs qui sont principalement des hôpitaux, des écoles, des municipalités et des fondations.

Le siège de No Isolation est à Oslo, où l’un des autres fondateurs, Matias Doyle, qui est développeur, travaille dans un cadre open-space au milieu de 30 collaborateurs. On y trouve des AV1 partout et c’est ici qu’ont lieu le développement, le marketing, les réparations, le service d’assistance technique et la gestion de l’entreprise. Il y a encore une équipe dédiée au contact avec les écoles et les hôpitaux qui accompagnent la mise en place et le bon fonctionnement des robots dans les établissements. La start-up a aussi des bureaux à Amsterdam et à Londres. Quant à la fabrication du robot, elle est sous-traitée à une entreprise extérieure depuis que les commandes se sont envolées.

La BBC, le Financial Times, Bloomberg et #CaseForChange ont interrogé des adolescents qui utilisent AV1 pour se scolariser. Dans ces reportages, les parents, enseignants et camarades de classe partagent à leur tour leurs impressions et l’on découvre comment le petit avatar allège l’isolement des enfants malades.

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