«Nous allons augmenter, progressivement jusqu’en décembre, la capacité de production de Tamiflu à 33 millions de traitements par mois, soit 400 millions par année», a annoncé, lundi à Bâle, William Burns, responsable de la division pharmaceutique de Roche. Le groupe bâlois, en contact étroit avec l’OMS et des dizaines de gouvernements, s’est dit prêt à répondre à la demande de l’antigrippal Tamiflu, en forte hausse depuis le printemps dernier. Le groupe bâlois se rappelle au bon souvenir de la communauté politique et scientifique, au moment où son concurrent Novartis annonce les premiers tests concluants de son vaccin contre le virus H1N1 dont les premiers lots devraient être disponibles le mois prochain.

«Tamiflu est principalement utilisé comme moyen de traitement, mais il a aussi démontré son efficacité à titre prophylactique», rappelle David Reddy, directeur du groupe d’action «pandémie» chez Roche. Mais quels seraient les effets secondaires de la combinaison des deux traitements? «Nous n’effectuons pas d’essais cliniques avec ces deux produits combinés et n’envisageons pas de le faire. De toute manière il s’agit de deux méthodes différentes, et non comparables, de s’attaquer à la grippe H1N1», explique Catherine Steele, adjointe de David Reddy.

Stocks prolongés

Les stocks de Tamiflu constitués dès 2004 pour la prévention de la grippe aviaire (H5N1) sont-ils encore efficaces aujourd’hui contre le virus H1N1, se sont inquiétés les gouvernements qui avaient passé commande? Le médicament était en effet censé rester efficace durant cinq ans, ce qui amène son délai de péremption à 2009 ou 2010. Roche a rappelé hier que ce délai avait été récemment porté à sept ans sur la base de nouvelles études de conservation du médicament. Le groupe bâlois ne sera donc pas obligé, ce qui aurait été techniquement très difficile, de renouveler en quelques mois tous les stocks déjà livrés.

270 millions de traitements ont été fournis à 96 gouvernements, et 60 millions de patients, toutes grippes confondues, ont déjà été traités par ce médicament. Roche avait déjà livré gratuitement 5 millions de traitement à l’OMS pour lui permettre d’agir rapidement en cas de pandémie de grippe aviaire. Une nouvelle donation de 5 millions de traitements sera prochainement effectuée pour lutter contre le virus H1N1. Ces stocks sont principalement destinés aux pays les plus pauvres.

Un quart de la population mondiale est couvert par les réserves d’antiviraux. Mais ce chiffre cache de grandes différences selon les pays. La Grande-Bretagne couvre ainsi 80% de sa population, la Suisse un peu plus de 40%, alors que ce taux varie entre 30 et 50% dans la majorité des pays développés. Reste que la plupart des pays ne disposent pas de stocks dignes de ce nom, puisque seuls 36 pays offrent un taux de couverture de 10% ou plus de leurs habitants.

Manque de lits

Anand Kumar, médecin à Winnipeg, au Canada, met le doigt sur un autre problème: le manque de lits en soins intensifs et d’appareils respiratoires dans de nombreux hôpitaux pour faire face à une brusque augmentation des cas graves. «En tant que médecin je me suis soudain retrouvé avec un doublement des cas d’hospitalisation en une semaine. Et l’analyse de la situation mexicaine a démontré que le système hospitalier était à la limite de la rupture».