C'est en coulisses du Forum de Davos que s'est jouée la spectaculaire baisse de prix annoncée mardi par Merck pour les médicaments antisida vendus aux pays les plus pauvres. En janvier, écrit le Wall Street Journal, la directrice de l'OMS, Gro Brundtland, y interpellait sans ménagement le PDG de l'entreprise américaine, Raymond Gilmartin: le programme Onusida est inefficace parce que quatre géants pharmaceutiques ne concrétisent pas leur engagement de casser les prix des trithérapies pour les plus démunis, a-t-elle dit en substance.

Mardi, Merck a annoncé qu'il diminuait de 40 à 55% le prix de deux des plus importants médicaments antisida. La mesure s'applique à l'Afrique du Sud, où 39 entreprises chimiques (dont Merck et Roche) sont en procès depuis lundi contre le gouvernement à propos des brevets, ainsi qu'à «d'autres pays pauvres». Leur liste n'est pas claire, et les militants de la baisse des prix étaient déçus jeudi de voir que le Brésil n'y figure pas. Le gouvernement américain a d'ailleurs attaqué les autorités de Brasilia devant l'OMC pour violation des droits de propriété intellectuelle.

Le profit avant la vie

Si Merck accélère la baisse des prix, Roche reste en revanche sourde aux appels des organisations d'entraide, qui l'accusent de placer le profit avant les vies à sauver d'urgence. Son porte-parole, Horst Kramer, «réfute cette équation», soulignant que «les brevets sont essentiels pour protéger la recherche et offrir de nouveaux médicaments». Il ajoute que Roche «consent des baisses significatives à travers le programme Onusida».

De combien? L'entreprise refuse de le dire. Or «c'est justement la transparence de Merck qui nous intéresse dans son annonce, dit Tobie Kasper, de MSF à Pretoria. Roche est de loin la plus en retard.» La chimique bâloise n'a signé à ce jour aucun accord avec un gouvernement dans le cadre d'Onusida, confirme Ben Plumley, porte-parole du programme. L'Afrique du Sud refuse d'ailleurs ce type de négociations bilatérales où les Etats du tiers-monde pèsent peu face à des multinationales opaques.

«Il faut absolument protéger l'investissement et la propriété intellectuelle, admet Ellen ‘t Hoen de Médecins sans frontières, mais n'oublions pas que 50% des recherches sur le sida ont été financées par des fonds publics.» Outre la pression des œuvres d'entraide et des Etats du tiers-monde, l'apparition d'une concurrence importante, notamment indienne, dans la fabrication de génériques va probablement devenir un facteur déterminant pour faire chuter le prix des médicaments antisida.