Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Notre vélotufeur à Neuchâtel, le 18 mars 2018
© Guillaume Perret

Chronique

Le roi des pistes

Notre journaliste s’est inspiré du néologisme vélotafeur pour s’autoproclamer véloteufeur. Il va faire la fête à vélo, et il en revient aussi. Une source de joie, de liberté, et de fierté

Tout aussi efficace que le golf ou le curling: regarder le Tour de France m’endort en moins d’un col qu’il ne faut pour le franchir. Je n’ai pas de cuissard moulant, pas de maillot de l’équipe Groupama-Française des Jeux et je ne suis pas non plus membre de la communauté Strava.

Depuis environ cinq ans, je possède un VTT sans artifices ni amortisseurs. On s’entend bien, lui et moi. Mais il n’y a rien de bien fusionnel entre nous. Puis, en novembre dernier, je tombe sur un article du Temps. Il explique que ceux qui, assidûment, contre vents et chaussées, pédalent chaque matin et chaque soir entre leur maison et leur poste de travail ont hérité d’un nom. Ce sont des «vélotafeurs».

Ce texte m’incite à m’interroger sur les rapports que j’entretiens avec la petite reine. Je suis véloquoi, moi? Finalement, je cède à la tentation: il faut un néologisme à ce que je pratique déjà: désormais, je serai donc «véloteufeur». Je vais faire la teuf à vélo. Et j’en rentre, aussi.

Vélotafer, véloteufer. L’un hérite de l’autre. Mais les deux concepts sont différents. Ils sont mêmes opposés: je n’enfourche pas mon vélo pour aller gagner mon salaire, mais pour aller le dépenser.

Lire aussi: «Le vélo gagne la ville à mesure que la voiture recule»

L’ivresse de la liberté

Pédaler depuis mon domicile jusqu’à Neuchâtel, la ville qui assiste à la majeure partie de mes virées nocturnes, c’est 12 kilomètres à l’aller et, forcément, 12 kilomètres au retour. Entre 30 et 45 minutes. Plutôt 30 à l’aller et 45 au retour. Une différence, peut-être, liée au déroulement de ces virées.

Quel est l’intérêt? Je pourrais répondre que c’est une question d’argent: 70 francs pour 15 minutes de taxi, merci, mais non merci (Uber, si tu me lis, Neuchâtel est un marché à prendre). Je pourrais aussi expliquer que les bus nocturnes qui ramènent les fêtards neuchâtelois sont trop bondés de quadras endormis et d’adolescents chantants. Qu’ils sont trop lents et trop aimables de desservir tous les arrêts de tous les villages qui précèdent le mien. 

Mais c’est autre chose. Véloteufer, c’est s’offrir la liberté. A l’aller, on pédale avec force et avec la perspective de trinquer avec ses amis. Au retour, on profite d’un espace temporel juste à soi entre le moment où l’on quitte ces derniers potes, piètres piétons, et celui où l’on s’applique à viser la serrure avec sa clé. Et surtout, il y a ce sentiment de fierté. L’agréable sensation de ne pas faire comme les autres, l’ivresse de chevaucher sa monture pour rentrer chez soi à l’heure qui nous sied et à la vitesse qui nous plaît.

Vous auriez dû me voir, la première fois. C’était la meilleure, la plus jouissive. Seul dans la nuit, sur la piste cyclable longeant le lac magnifiquement illuminé par la lune. C’était tellement parfait que c’en était un cliché. Je pédalais le sourire aux lèvres. J’étais insensible au froid et au vent qui frappaient mon visage. Et j’avais la satisfaction de rouler plus droit et moins lentement que je ne l’avais imaginé.

A mes risques et périls

Puisque ces lignes sont censées vanter ma pratique, je néglige volontairement la fois où je suis tombé. Je passe aussi sous silence cette fin de soirée où j’ai oublié le code à quatre chiffres. Celui qui sert à ouvrir la porte d’entrée de l’immeuble dans lequel je parque ma modeste mais précieuse monture.

Il y a quand même un bémol: il est autant interdit de boire et de rouler que de boire et de conduire. Au sens de la loi, un cycliste est un usager de la route comme un autre.

Jusqu’ici, je n’ai pas eu à gérer de mésaventure policière. J’espère que ce texte conjurera le mauvais sort. Et qu’il ne servira pas non plus d’acte d’autodénonciation. Et si cela devait se produire, si je devais me faire bannir des routes et des pistes? J’ai déjà trouvé une alternative: j’irai faire la fête à skate-board.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo société

Des gadgets à dormir debout

Masque oculaire digital, applications qui mesurent les cycles de sommeil, lunettes filtrantes: la technologie peut-elle vraiment nous aider à mieux dormir? Notre chroniqueur en doute. Son édito en vidéo

Des gadgets à dormir debout

n/a