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 Un cadre exceptionnel pour les spectacles en plein air. 

Un été à...

Rome, où danse et opéra font revivre l’Empire

La capitale italienne met chaque été son patrimoine culturel à profit pour rester attirante malgré la chaleur suffocante. Elle ouvre ainsi les portes des thermes de Caracalla à l’Opéra de Rome depuis bientôt 80 ans. Dernier épisode de notre série sur les rituels urbains estivaux

Les danseurs ont le choix. Certains s’épargnent l’échauffement. D’autres décident d’affronter la chaleur romaine deux heures avant le début de leur représentation. Le thermomètre affiche 35 degrés en cette journée de fin juin. Le ballet du Théâtre de l’Opéra de Rome s’apprête à monter sur la scène installée dans les ruines des thermes de Caracalla, à quelques centaines de mètres du Colisée. Comme chaque année, la compagnie se produit donc en extérieur. Cette saison 2016 vient de commencer.

Les premiers spectateurs arrivent en même temps que les derniers rayons de soleil caressent les imposantes ruines de leur lumière rose. Deux hautes structures et des arches dominent les Romains et les touristes s’installant parmi les 4000 places disponibles pour cette soirée en l’honneur du danseur étoile et chorégraphe russe Rudolf Noureev, décédé en 1993 en France. Le billet a coûté entre 20 et 90 euros. En 2015, plus d’une vingtaine de soirées entre juin et août ont réuni près de 72 000 personnes, pour une recette de 3,7 millions d’euros.

Au «caldarium»

Le rendez-vous est incontournable depuis bientôt 80 ans. Le premier spectacle à l’intérieur du site archéologique a lieu le 1er août 1937. L’initiative du gouverneur de Rome vient s’ajouter aux activités estivales du ventennio, la période historique de l’Italie fasciste entre 1922 et 1943. Alors baptisé «Théâtre du peuple», celui-ci est «l’expression d’un goût populaire retrouvé et affirmé, écrit Francesco Reggiani, le responsable des archives du Théâtre de l’Opéra de Rome. Né comme une expérience, selon les mots du gouverneur, il se transforma en un rendez-vous immanquable pour les citoyens comme pour le tourisme international.»

Lors des premières saisons, les spectacles avaient lieu dans le caldarium, la salle chaude, où 20 000 personnes pouvaient prendre place. Mais à partir de 2001, une nouvelle logistique est installée. Les thermes ne sont plus partie intégrante de la scène, seulement son arrière-plan.

Cette famille romaine occupe une rangée entière. Ses membres ne sont pas du tout des habitués des théâtres et des opéras. Mais la perspective d’une soirée en extérieur dans un cadre magnifique les a enthousiasmés. Ils découvrent ainsi non seulement les thermes sous un nouveau jour, mais aussi la danse classique.

Rebecca Bianchi assiste aussi à la représentation. Première danseuse du Ballet de Rome, elle foulera la scène deux jours plus tard lors de la dernière soirée consacrée à Noureev. Elle regarde moins ses collègues que le public, bien différent de ce qu’elle voit d’habitude entre quatre murs. «L’intimité d’un théâtre rapproche les spectateurs des danseurs, explique-t-elle. Ici, le public semble plus dispersé», voire déconcentré par le décor improbable. Mais elle apprécie d’observer des gens «plus libres», qui peuvent «s’habiller de façon moins élégante».

A Caracalla, les robes de soirée et les costumes côtoient les débardeurs et les tongs. Les premiers trahissent les Romains, les seconds les touristes. Certains ont amené leur parapluie. Ce soir-là, un orage menace. Selon la météo, la pluie doit tomber à 20 heures, une heure avant le début du spectacle. Des nuages noirs commencent à cacher la lumière du coucher du soleil. Des éclairs, visibles à travers les ruines, fendent le ciel. Mais seules quelques gouttes d’eau viendront distraire les spectateurs pendant la soirée.

Quant aux danseurs, rien ne doit les déconcentrer. «Dans un théâtre fermé, nous n’avons pas de distractions, réagit le soliste Giacomo Lucci. Ici, nous devons intégrer le fait qu’un goéland volera au-dessus de nos têtes ou que nous entendrons les sirènes d’une ambulance. Cela fait partie du charme de danser dehors.» Leur concentration est souvent mise à l’épreuve. «Un oiseau s’est un jour soulagé sur la scène», se rappelle en souriant Rebecca Bianchi, sur la scène de Caracalla pour une cinquième saison. Mais les deux danseurs se rappellent plus volontiers de la sensation nouvelle de «grandeur et de perdition» qui les envahit quand, dansant, ils voient les thermes ou le ciel étoilé.

Entre goélands et klaxons

Les goélands, les moustiques, la chaleur, l’humidité, les klaxons sont aussi des distractions pour les spectateurs. Mais vite oubliées grâce au spectacle qu’offrent les ruines, semblant danser au gré des changements d’éclairage. Il n’est pas rare de voir quelqu’un se retourner pour observer ce décor vieux de 1800 ans. Le complexe thermal, un des plus grands et des mieux conservés de l’Antiquité, a été inauguré en 216 apr. J.-C. par l’empereur Caracalla. Il couvrait alors une surface de quelque 10 hectares où, en plus des bains, se trouvaient également des bibliothèques, des gymnases, des boutiques et des jardins.

Deux mille ans plus tard, des amateurs de danse et des curieux prennent la place des sportifs et des promeneurs. Au fil des saisons, la manifestation a élargi son offre. Cette année, outre la danse et l’opéra, des artistes comme le chanteur Neil Young ou le pianiste Lang Lang s’y sont déjà produits. La chaleur romaine poussant ses habitants à fuir le centre dès que possible, cette opération vise aussi à inviter les Romains à rester dans leur ville l’été. Le château Saint-Ange ouvre par exemple son passetto, le passage reliant l’édifice au bord du Tibre à la basilique Saint-Pierre. Comme à Caracalla, les Romains deviennent ainsi touristes de leur propre ville.


Les thermes de Caracalla

Au pied de la colline de l’Aventin, dans le sud de Rome, proche du Circus Maximus, les thermes de Caracalla furent un des plus grands et des plus riches établissements thermaux de l’Empire romain, pouvant accueillir 1600 personnes.

Cet immense complexe de 11 hectares a été commandé par l’empereur Septime Sévère, mais son inauguration a eu lieu sous le règne de son successeur, Caracalla. On y trouvait aussi des aires sportives, des bibliothèques, des médecins... Un lieu de plaisirs, de rencontres et d’affaires. D’autres détails ici.


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