«Bonjour, je cherche un cadeau de naissance.» «C’est pour une fille ou un garçon?» «C’est pour un bébé.» Silence gêné. Ce petit bout de dialogue est tiré de l’une des nombreuses discussions fictives – souvent inspirées d’expériences réelles – imaginées par les autrices Pihla Hintikka et Elisa Rigoulet pour leur livre paru le 3 mars aux Editions Marabout, 30 discussions pour une éducation antisexiste.

Au fil des pages de ce petit guide, on croise ainsi des grands-parents qui pensent que, parce que le bébé est un garçon, sa mère est «chanceuse», il sera bien plus attaché à elle. On lit qu’une cousine aimerait que ses fils turbulents «se comportent un peu plus comme des filles et aillent dessiner tranquillement», ou encore que tel vendeur de vêtements ne conçoit pas les rayons filles/garçons autrement que scindés entre tissus bleus et roses.

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Mais il y a aussi des personnages qui, au fil du dialogue, amènent à s’interroger sur les origines de ces conceptions du féminin et du masculin: une société où les enfants se voient attribuer des couleurs, des jouets, des vêtements particuliers en fonction de leur genre, et ce, dès la naissance, a des conséquences sur les apparences, mais aussi sur ce qui est attendu des individus, en termes d’attitudes et de compétences.

A l’école, mais aussi à la maison

Les efforts institutionnels pour prévenir le sexisme et ses répercussions dès l’enfance sont certes en route depuis quelque temps déjà. Ainsi, on se rappellera que le 2e Observatoire, institut de recherche et de formation sur les rapports de genre à Genève, publiait en 2012 puis en 2018 des guides à l’usage des enseignants et professionnels de l’enfance afin d’éviter les discriminations des élèves en fonction de leur genre, et d’éduquer à l’égalité.

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En préambule du second opus, Le Ballon de Manon et la Corde à sauter de Noé, les auteurs soulignent précisément que «l’intériorisation des injonctions genrées dès le plus jeune âge formate les élèves dans des rôles qui seraient prédéfinis et immuables, en préfigurant des trajectoires de formation et de travail qui sont encouragées ou réprouvées en fonction du sexe assigné à la naissance».

En complément de ces initiatives, l’intérêt d’un livre à destination d’un large public réside donc dans sa capacité à sensibiliser les parents et à susciter la discussion plutôt que de se taire face au sexisme quotidien. Car, résument les autrices, «engager le dialogue est la clé pour défendre l’égalité».


Pihla Hintikka et Elisa Rigoulet, «30 discussions pour une éducation antisexiste», Ed. Marabout.