Europe

Au Royaume-Uni, la Loi Turing va gracier des dizaines de milliers d'homosexuels

Une loi au nom du célèbre mathématicien va pardonner à titre posthume tous ceux qui ont été condamnés pour homosexualité. Les procédures seront simplifiées pour les condamnés encore vivants - qui ne se satisfont pas d'un «pardon», demandant des excuses

Oscar Wilde et Alan Turing sont les plus célèbres, mais ils seraient en tout plus de 65 000 homosexuels ou bisexuels au Royaume-Uni à avoir été condamnés pour outrage à la pudeur, dont 15 000 environ sont encore en vie, selon les estimations de The Independant. Les relations homosexuelles consenties entre deux personnes majeures n’ont été décriminalisées qu’en 1967 en Angleterre et au Pays de Galles, en 1980 en Ecosse et en 1982 seulement en Irlande du Nord (soit quarante ans plus tard qu’en Suisse).

Depuis 2012 il était possible de faire effacer sa condamnation de son casier judiciaire en en faisant la demande; mais c’est une nouvelle étape très symbolique que le gouvernement britannique a franchie ce jeudi en annonçant qu’il soutiendrait ce qu’on appelle déjà la «loi Turing», du nom du mathématicien.

«Grossière indécence»

Le film «Imitation game» (2014) a popularisé son histoire. Alan Turing est surtout connu pour avoir réussi à briser le code de la machine des nazis Enigma, ce qui a permis d’accélérer la fin de la guerre, c’est aussi l’inventeur d’un test d’intelligence artificielle encore très utilisé aujourd’hui.

En 1952, il fut poursuivi en justice pour «grossière indécence» en raison d’une relation avec un jeune homme, et condamné. Deux ans plus tard, après avoir accepté une castration chimique, il se suicidait. Il avait seulement 41 ans. «Savoir qu’Alan Turing a sauvé d’innombrables vies pendant la Deuxième Guerre mondiale et qu’il dut subir tous ces traitements aux mains du gouvernement, cela reste inconcevable pour nous» a expliqué sa petite nièce Rachel Barnes à la BBC.

Gracié par la Reine

Depuis, tout a changé. Le gouvernement britannique a présenté des excuses en 2009 et la Reine l’a officiellement gracié en 2013. Rachel Barnes a participé au lancement d’une pétition en 2015, avec l’équipe du film, pour étendre la campagne de pardon à toutes les personnes condamnées pour les mêmes faits. Le texte a réuni plus de 500 000 signatures en deux semaines.

Défendue par un libéral-démocrate, Lord Sharkley, la future loi, qui devrait être en vigueur dans quelques mois, s’appliquera systématiquement de façon posthume pour tous les actes qui ne sont plus jugés criminels (les relations sexuelles avec un mineur ou avec des personnes non consentantes restent exclues, comme les relations sexuelles dans des WC publics); parallèlement, le gouvernement rendra plus faciles les démarches pour les personnes encore vivantes.

La future loi ne s’appliquera qu’en Angleterre et au Pays de Galles, en raison de la Devolution – la décentralisation des pouvoirs. L’Ecosse a déjà promis qu’elle étudierait une proposition similaire. Mais le principal reproche que lui font les groupes de défense des droits des gays est que c’est une loi de grâce, de pardon, comme s’il y avait une faute à pardonner. «C’est une loi d’excuses qu’il faudrait, pas de pardon», lit-on sur les réseaux.


 

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