Si on envoie un cadeau par la poste, peut-on, sans écho au bout de quelque temps, demander si la personne l'a bien reçu?

Aurélie

Pouvez-vous parler de l'art de choisir les cadeaux? Je suis lasse des jouets bruyants, des vieux habits de bébé ou des chocolats grossissants!

Emmanuelle

Chère Aurélie, chère Emmanuelle,

Il n'y a pas de société sans système réglementé de cadeaux pour tous les moments de la vie. Partout, on échange objets et paroles suivant un code bien précis. Savoir offrir et savoir recevoir sont des éléments indispensables du savoir-vivre.

Chère Aurélie, comme toujours, c'est la victime de la grossièreté qui se pose des questions. Vous vous demandez s'il est poli de vous informer du sort de votre cadeau «sans avoir l'air de quémander un remerciement», alors que l'impolitesse est évidemment du côté de celui qui ne remercie pas immédiatement après réception. Donc, pas de scrupules! Si vous n'avez pas de nouvelles au bout d'une dizaine de jours, n'hésitez pas à en demander.

D'abord, il est possible que votre paquet se soit égaré, et dans ce cas, autant le savoir au plus vite. Ce sera d'ailleurs votre prétexte: «Je suis un peu inquiète, je t'ai envoyé un paquet il y a 10 jours, et comme je n'ai pas de nouvelles, j'ai peur qu'il ne te soit pas parvenu.» Coupable de négligence, votre interlocuteur se confondra en excuses, «mais si, bien sûr, magnifique, débordé, désolé, j'allais justement»... Vous accepterez bien entendu les excuses, «pas de problème, je voulais juste m'assurer», et tout le monde sera content.

Les remerciements font partie de l'échange. On remercie chaleureusement, et le plus vite possible. Le donateur minimise un peu (mais pas trop, on n'est pas en Chine), et surtout (est-il besoin de le rappeler?) ne fait jamais allusion au prix ni aux efforts que lui a coûtés ce cadeau.

Eh oui, chère Emmanuelle, on remercie avec conviction, même si on est consterné à l'ouverture du paquet. Mais si, côté récipiendaire, en aucun cas on ne doit laisser voir sa déception, le donateur doit tout de même faire un effort! La phrase «c'est l'intention qui compte» est un oreiller de paresse. Il est très mal élevé d'offrir n'importe quoi pour se débarrasser du problème. N'offrez vos réalisations personnelles (aquarelle, coussin brodé...) que si vous êtes VRAIMENT un artiste! Aux enfants, pas de jouets bruyants, violents ou embarrassants (genre un animal vivant sans avoir consulté les parents). Ne recyclez la vieille layette qu'auprès des intimes, et accompagnée d'un «vrai» cadeau, choisi exprès pour ce bébé-là.

Même s'il est chargé d'un sens social qui le dépasse, le cadeau doit être choisi en fonction de la personne, c'est cela, et non son prix, qui lui donne sa valeur. Lequel prix doit être adapté aux circonstances. Un cadeau trop cher qui écrase le destinataire (et le contraindra à se ruiner pour «rendre») est aussi mal venu que ce parfum à moi jadis offert en grande cérémonie et qui portait, bien cachée, la mention «échantillon gratuit»!

Formel ou intime, le cadeau est la trame du lien social. Et rappelons que refuser un cadeau c'est déclarer la guerre.

Tous les jeudis, Sylviane Roche répond à une question de savoir-vivre. Ecrivez-lui: sylviane.roche@letemps.ch