Récemment, une «doctoresse» (usage vieilli selon Larousse) a annoncé l'ouverture de son cabinet en abrégeant son titre en «Dresse»! On imagine mal appeler une avocate «Maîtresse»… Et le barbare «pasteure», ne découlant d'aucune règle admise de formation du féminin! Quel est l'usage actuel?

François, Romanel-sur-Lausanne

Merci de me permettre d'aborder ce sujet très actuel, sur lequel j'ai déjà reçu plusieurs lettres.

Concernant l'usage actuel, c'est le désordre le plus complet. Les pays francophones semblent plus «avancés» dans la féminisation radicale que les Français. En France, notre «cheffe» si chère au DFJ vaudois provoque rire et perplexité (et d'ailleurs mon ordinateur voit rouge, lui aussi...), par contre j'ai déjà vu «professeure» et «auteure». Ma grand-mère parlait déjà de sa «doctoresse» (Larousse a raison, ça ne date pas d'hier), et elle n'avait rien d'une militante du MLF! Certaines veulent qu'on les appelle «Madame LA ministre», d'autres «Madame LE professeur». Bref, comme pour toutes les innovations sociales (et l'accession des femmes à - quasi - tous les postes en est une magnifique) l'usage précède les règles, et celles-ci viendront l'entériner plus tardivement.

Donc, pour le moment, Mesdames, faites comme vous voulez, soyez auteur, auteure ou autrice, docteur, docteure ou doctoresse, pasteur ou pasteure (pourquoi pas «pastourelle»?) si vous pensez vraiment que le mot crée la fonction et pas le contraire, et que, par exemple, mettre un e à écrivain va vous aider à écrire de bons livres... De toute façon, la grammaire n'est plus à ça près, et ses préceptes sont parfois difficiles à comprendre. Pourquoi «docteur/doctoresse et chanteur/chanteuse»?

Mais gardons un peu de bon sens, et respectons le génie propre du français. Ainsi, comme vous le rappelez, maître ou maîtresse n'ont pas toujours exactement le même sens. Pas plus qu'entraîneur ou entraîneuse, gouverneur ou gouvernante. Lisant sur l'entête d'une lettre du CHUV «Dresse X et Dresse Y», j'ai cru un instant que deux médecins (médecines?) avaient le même nom, jusqu'à ce que je comprenne et enrage devant le barbarisme (la barbarie?...) élevé au rang officiel ou du moins cantonal.

Il n'y a pas si longtemps, on apprenait qu'en orthographe, «le masculin l'emporte sur le féminin». Les bien-pensant-e-s frémissent aujourd'hui du machisme décomplexé de cette formulation, et produisent des monstres grammaticaux dont mes lecteurs/trices attentif/tives ont certainement déjà été frappé-e-s (et j'espère anéanti-e-s) par de nombreux exemples. Ici la bêtise atteint son comble, d'autant plus qu'elle s'abrite derrière le militantisme égalitaire. Pourtant qui s'imaginerait que, si je parle de la défense du statut des employés de l'Etat (c'est un exemple!), il ne s'agit que des hommes? La cause des femmes passe davantage par la multiplication des garderies et l'égalité du salaire que par le massacre de notre langue française.

PS: Lisez La Chute dans le bien (Zoé, 2006), où Etienne Barilier dit là-dessus des choses hilarantes et définitives.

Chaque jeudi, Sylviane Roche répond à une question de savoir-vivre. Ecrivez-lui: Sylviane. Roche@letemps.ch