Autrefois les messieurs savaient mettre – et surtout ôter – leur couvre-chef quand il le fallait. Cette époque vous paraît-elle révolue?

Bernard, Lausanne

Que penser des clients masculins qui conservent leur casquette vissée sur la tête lorsqu'ils s'adressent à la caissière du supermarché ou à la boulangère du village?

Bernard, Couvet

On pourrait penser que la question du couvre-chef est obsolète, qu'on n'attache plus la moindre importance à qui se couvre ou se découvre (ni quand), et que ce geste a perdu toute signification.

Pourtant, vos deux questions prouvent que le problème existe encore. Et même qu'il reprend de l'actualité avec la mode des casquettes américaines qui figurent en bonne place parmi les horreurs du costume contemporain. Nouvelle actualité, mais aussi nouvelle signification.

Autrefois, (cher Bernard de Lausanne, vous avez raison) savoir mettre et ôter son chapeau faisait partie de la bonne éducation masculine. L'homme qui ne se découvrait pas devant une femme, quelle qu'elle soit, était un mufle. On se découvrait en entrant dans un lieu public, en croisant une personne de connaissance, au passage des enterrements, des processions. Et une personne respectable, homme ou femme, ne serait jamais sortie tête nue (pensez à l'expression «une fille en cheveux»). Dans les films américains des années 40, le privé, même s'il se précipite sur les traces du bandit qu'il poursuit, n'oublie jamais en sortant de décrocher son Borsalino de la patère. Oui, le chapeau était, jusqu'après la guerre, un élément fondamental du costume et du langage social. Et puis, assez brusquement, et il serait intéressant de se demander pourquoi il est tombé en désuétude pendant plusieurs décennies, réservé aux élégances un peu décalées ou aux très grandes occasions (et à la cour d'Angleterre bien sûr...)

Et voilà que le couvre-chef revient en force. Mais, comme c'est souvent le cas dans l'histoire des hommes, dans sa version caricaturale: la casquette de base-ball, vissée sur le crâne des ados et des beaufs, désespérante compagne des baskets et des survêtements.

Une amie qui travaillait dans un centre pour ados difficiles a saisi la casquette que l'un avait sur la tête en essayant de séparer deux garçons qui se battaient. Immédiatement, comme par réflexe, il s'est retourné et lui a écrasé son poing sur la figure. La seule défense qu'il a pu bredouiller devant le directeur fut: «Elle m'avait pris ma casquette»... Je ne sais pas ce que signifie cette casquette pour que ni ce pauvre gosse, ni, en général, ces hommes qui la portent en permanence ne se découvrent devant personne, pas plus qu'ils ne s'excusent en vous bousculant ou ne cèdent leur place dans le bus. C'est une question de pathologie sociale qui dépasse ma compétence. Pourquoi le couvre-chef, indispensable accessoire du gentleman ou de l'élégante, fier symbole du travailleur («Chapeau bas devant la casquette, chapeau bas devant l'ouvrier», disait une chanson d'autrefois), s'est-il transformé en objet névrotique, associé à l'idée de barbarie et de violence? Une métaphore de notre temps?