33C'est l'âge du chômeur sans domicile fixe qui a été inculpé mercredi en début de soirée du meurtre de Laurent Bonomo et Gabriel Ferez, deux étudiants français de 23 ans sauvagement assassinés le lundi 30 juin. Mardi, les enquêteurs avaient obtenu une prolongation de 36 heures de sa garde à vue. Il s'était présenté spontanément lundi à l'aube au commissariat de Lewisham, dans le sud de Londres. Il avait cependant dû être hospitalisé une journée entière avant de pouvoir être interrogé par la police, car il présentait des brûlures graves aux bras et aux mains. Il a donc fallu moins de 36 heures à la police pour tenter de comprendre les motivations d'un crime que Mick Duthie, détective en chef de la Metropolitan Police, considère le plus «horrible» qu'il ait jamais vu «de sa carrière», comme il l'a dit au quotidien britannique The Guardian.

22 Il est 22 heures, le lundi 30 juin, quand une série d'explosions retentissent au 12 Sterling Gardens, cul-de-sac résidentiel dans le sud-est de Londres. Des voisins sortent de leurs appartements, effrayés. Une forte odeur de liquide inflammable emplit tout l'immeuble. En descendant dans la rue, les curieux voient des flammes qui lèchent l'obscurité depuis les vitres brisées du studio que Laurent Bonomo loue au rez-de-chaussée. Ils appellent immédiatement le 999, numéro d'urgence en Angleterre, puis jettent des seaux d'eau depuis le trottoir et crient pour savoir si quelqu'un est coincé dans le studio. Aucune réponse. Supposant, à tort, que personne n'est à l'intérieur, ils attendent la venue des pompiers et de la police qui ne tardent pas.

243 L'incendie rapidement éteint, les policiers découvrent 243 coups de couteau sur les deux cadavres mutilés qui gisent dans le salon du studio. 47 blessures pour Gabriel Ferez, 196 pour Laurent Bonomo. La violence du double meurtre est si extrême qu'elle choque même des enquêteurs expérimentés. D'abord ligotées et bâillonnées, les victimes ont ensuite été torturées à mort puis brûlées. Les forces de police s'organisent: une traque à l'homme est lancée. Les nuages de fumée du studio ne sont pas encore dissipés.

500 Malgré l'aide de Scotland Yard, l'affaire devient vite un casse-tête. Les deux étudiants de biochimie de l'Ecole Polytechnique de Clermont-Ferrand sont des jeunes hommes discrets et sans histoire venus trois mois à Londres pour faire de la recherche à l'Imperial College. Le crime semble totalement gratuit. Dans le studio, deux consoles d'une valeur de 500 francs ont été volées, de même que quelques cartes bancaires. Scotland Yard privilégie la piste d'un cambriolage qui aurait mal tourné, d'autant plus qu'un homme avait déjà pénétré par infraction dans le studio six jours avant les meurtres pour dérober un ordinateur portable. Le voleur en aurait-il profité pour dérober un double des clés? Cela expliquerait pourquoi la police n'a trouvé aucun signe d'infraction sur le lieu du crime. Les victimes auraient été surprises par derrière pendant qu'elles jouaient ensemble à des jeux vidéo, puis torturées pour les numéros d'identification personnel de leurs cartes de crédit.

80 Peut-être. Mais alors, comment expliquer les 80 coups de couteau infligés à Laurent Bonomo après sa mort? Selon le détective en chef Mick Duthie, «un temps considérable serait nécessaire pour infliger de pareilles blessures». Il semble donc plus probable que le tueur soit un psychopathe ou un aliéné. Le tueur ou les tueurs, car une voisine espagnole aurait vu deux hommes tapant aux fenêtres du studio quelques instants avant les explosions. Les enquêteurs sont déboussolés. Les indices sont peu conclusifs, les suspects rares.

30-40 C'est la fourchette d'âge de l'homme que plusieurs témoins ont aperçu alors qu'il s'enfuyait du lieu de crime peu après les explosions. Des jeans bleus, un haut sombre, des baskets blanches, une casquette pâle et un portrait-robot approximatif: voilà tout ce qu'on sait de lui. Entre-temps, un homme de 21 ans est arrêté et questionné, puis rapidement relâché. Encore une fausse piste. Accablés, les parents de Gabriel Ferez demandent au(x) coupable(s) de se rendre: «Vous ne pouvez pas vous cacher éternellement. Vous avez peut-être peur et vous vous sentez lâches, mais vous devez reconnaître vos fautes», peut-on lire sur le site du Sunday Times.

Lundi à l'aube, un chômeur SDF de 33 ans se présente à un commissariat du sud de Londres. En France, après une marche silencieuse organisée par l'Ecole Polytechnique de Clermont-Ferrand, les familles et les proches des victimes attendent fébrilement. Ce qu'ils veulent, comme on peut le lire sur des sites internet de journaux britanniques, c'est comprendre avant de condamner.

1200 De son côté, la police londonienne poursuit son opération coup-de-poing censée stopper l'augmentation des crimes à l'arme blanche. Si l'on en croit le Daily Mirror, elle a arrêté 1200 personnes et confisqué 500 couteaux ces six dernières semaines. Il faut dire qu'outre le double meurtre sordide des étudiants français, le nombre de meurtres à l'arme blanche s'élève déjà à 19 cette année dans la capitale anglaise.