Les êtres humains ne sont pas les seules créatures à mener des vies affectives compliquées. L’amour est aussi une source de problèmes respiratoires pour nos amies les bêtes, au sens propre comme au figuré. Ainsi, chez les crapauds, le mâle fou de désir se cramponne à la crapaude sous l’eau. Il arrive que plusieurs mâles entassés ne lâchent plus prise et pèsent de tout leur poids sur la femelle, qui finit noyée.

Certains oiseaux se jurent fidélité mais éprouvent des difficultés à résister à la tentation. Dans La vie secrète des animaux (Ed. Les Arènes), Peter Wohlleben cite le cas des pies. Afin d’éviter les infidélités, elles choisissent un territoire et le défendent ardemment contre l’intrusion de leurs congénères. Pour autant, l’hypocrisie n’est pas exclue, du moins du côté du mâle. «Alors que la femelle fait preuve d’agressivité pour chasser toute concurrence de son territoire, son partenaire est un opportuniste. Si sa femelle le regarde ou peut l’entendre, il repousse, lui aussi, les femelles qui s’approchent. Mais s’il ne se croit pas observé, il fait une cour empressée aux nouvelles beautés de passage.» Les humains n’ont rien inventé…

La double vie, expérience éreintante

D’autres oiseaux, plus réalistes, vivent au rythme de leurs fidélités successives. «C’est le cas de la cigogne blanche, poursuit Peter Wohlleben. Une fois la saison passée, celle-ci ne reste fidèle qu’à son nid: s’il arrive que d’ex-partenaires se retrouvent, c’est uniquement parce que chacun, au printemps suivant, remet le cap sur l’ancien nid.» Mais il peut y avoir des surprises. «Une cigogne mâle construisit un nid avec une nouvelle compagne, l’ancienne s’étant manifestement égarée durant la migration. La retardataire se pointa finalement en plein rendez-vous intime, et le mâle ne sut où donner de la tête. Pour satisfaire l’une et l’autre, il construisit un second nid et eut bien du mal à s’occuper de ses deux familles.»

Mais avant d’en arriver à la nidification, encore faut-il trouver une âme qui consente au projet de vie en commun. Depuis des millénaires, les mâles, toutes espèces confondues, couvrent les femelles de cadeaux pour les inciter à s’accoupler avec eux. L’araignée rouge offre des «guirlandes» de soie. En signe d’attirance, le manchot Adélie dépose une pierre aux pieds de l’élue de son cœur. Et le mâle de la mante religieuse, enfin, offre le cadeau ultime: lui-même.

Il arrive cependant que les mâles, dans un souci d’économie d’énergie, jouent des tours aux femelles. Peter Wohlleben cite le cas de son coq, Fridolin, qui vit avec deux poules. «En vrai gentleman, Fridolin laisse son petit harem manger en premier. Dès qu’il repère quelque délice, il se met à chanter sur un ton particulier, si bien que Lotta et Polly se jettent aussitôt sur ce qu’il a trouvé. Mais il arrive qu’il n’y ait rien sous ses pattes. Ce n’est ni un savoureux ver ni une graine spéciale qui attend les poules mais une tentative d’accouplement, souvent couronnée de succès grâce à l’effet de surprise.»

Ce stratagème est également utilisé par certaines mouches. «Les mâles offrent un cocon vide», écrit Bernard Werber dans Le livre secret des fourmis (Ed. Le livre de poche). Le temps que la dame s’aperçoive de la supercherie, monsieur mouche a terminé son affaire. Mesdames mouches apprennent cependant vite. Certaines secouent le cocon pour s’assurer qu’il contient quelque chose. «Là encore, les mâles ont adapté leur comportement. Les mouches de type empis garnissent les paquets de leurs excréments. Ainsi, lorsque les femelles agitent les cocons, elles perçoivent qu’il y a une masse à l’intérieur et les ouvrent en espérant un morceau de viande en cadeau.»

Qu’en est-il des Homo sapiens? «S’ils en avaient la possibilité, la plupart d’entre eux adoreraient connaître le budget minimal à prévoir pour attirer une femme dans leur lit, assure Sherry Argov dans Pourquoi les hommes adorent les chieuses. A partir de là, ils essaieraient d’obtenir le maximum avec le budget fixé.»

L’auteure cite l’exemple de Sarah, qui a rejoint Michaël pour ce qui promettait d’être un week-end enchanteur. «Le billet lui a coûté 400 euros. Michaël, de son côté, a accepté de payer l’hébergement, un hôtel miteux à 40 euros. Lorsque Sarah est arrivée, ils ont couché ensemble dans la chambre. Ensuite, il l’a emmenée prendre un café en utilisant les coupons offerts par l’hôtel. Ensuite, ils ont de nouveau couché ensemble et, pendant ce temps, il a regardé un match de foot.»

Pénible de constater que, dans ce cas précis, Sarah fait preuve de moins de bon sens qu’une mouche en acceptant de «remettre le couvert» même après avoir été si mal traitée! Madame Diptère, elle, n’est dupe qu’une seule fois, lorsqu'elle a encore la conviction que le paquet contient autre chose que les déjections du mâle qui tente de s’envoyer en l’air. Ensuite, elle a compris.

«Rester demande plus de talent»

La palme de la fainéantise revient enfin à la pisaure admirable. Lorsque cette araignée s’aperçoit que le paquet censé contenir un insecte est vide, elle se débarrasse de son amant. Monsieur araignée s’agrippe alors au «cadeau» et feint d’être mort. L’objectif? Récupérer le paquet vide pour s’en resservir auprès d’une autre femelle crédule. Après quelques centimètres, madame araignée, fatiguée de traîner le paquet et son amant immobile, lâche tout.

Qui l’eût cru? Les séducteurs adeptes des routines de drague bien rodées ont un point commun avec la pisaure. «Quand on couche avec pleins de femmes, en réalité c’est toujours la même, explique Frédéric Beigbeder dans L’égoïste romantique (Ed. Grasset). Elle change seulement de prénom, de taille, de voix. Mais on lui dit toujours les mêmes phrases, on accomplit les mêmes gestes dans le même ordre.»

Frédéric Beigbeder estime que le changement induit la répétition. Paradoxalement, c’est de rester avec la même personne qui permet la nouveauté. «Les Don Juan sont sans imagination. On pense que Casanova est un stakhanoviste alors qu’il est paresseux. Parce qu’on a beau changer de femme, on reste toujours le même homme, partisan du moindre effort.» Et de conclure: «Rester demande plus de talent.»