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TELEVISION

La sale guerre en série TV

«Over There» raconte les journées de soldats en Irak. Une première dans la fiction TV.

«Le jour est venu. La guerre est dans l'air. Les trains sont remplis de garçons qui ont laissé leurs jouets favoris. Ils vont là-bas. Là où quelqu'un doit mourir. Là-bas...» Adaptée d'un chant de la Première Guerre mondiale, cette chanson enveloppe la fin de chaque épisode d'Over There («là-bas»). Une série TV qui fera date, puisque c'est la première fois qu'une fiction télévisuelle parle d'un conflit militaire en cours. Canal Plus la montre ces jours, et elle sort en DVD (zone 1).

Diffusé aux Etats-Unis à l'été 2005, provoquant immédiatement la polémique, Over There raconte le quotidien de soldats américains en Irak. Une guerre décrite comme étant dépourvue de front, faite de tirs de snipers et de kamikazes. Les attaques surprises, les heures d'attente sous un soleil écrasant, les convois souvent pris pour cible, les négociations avec les habitants de villes dévastées, la traque des «insurgés»: le feuilleton développe chaque situation avec un sens acéré du détail. Le propos est cru, des scènes parfois éprouvantes. En parallèle, les scénaristes suivent la vie de proches aux Etats-Unis, épouses ou mari, ainsi qu'un soldat amputé et rapatrié.

L'audace du projet saute aux yeux, si l'on peut dire. Alors que triomphent les femmes au foyer désespérées ou les robinsons perdus de Lost, les créateurs d'Over There s'attachent à des soldats loin de leur foyer, perdus à leur manière. Des cercueils bien réels reviennent chaque semaine, et cette série aborde de face le sujet qui déchire le pays. On pourrait penser à un nouveau brouillage entre réalité et fiction. La télé-réalité s'enfonce dans ses remugles, et une série TV évoque une guerre actuelle: y aurait-il connivence entre feuilleton et manœuvres militaires?

Fiction assumée

Sans conteste, non. Over There est une fiction assumée, qui affirme ses choix narratifs. Radicalement proche des soldats américains, très loin de la politique et des motifs brandis pour justifier la guerre, loin aussi de la population irakienne, sinon pour illustrer les malentendus absurdes générés par le conflit.

Les créateurs, Steven Bochco et Chris Gerolmo, ont d'ailleurs insisté sur le caractère empathique de leur projet: «Il ne s'agit pas de politique», ont-ils répété à l'envi, disant «détester la guerre, mais aimer les troupes». A la fin du dernier épisode, l'œuvre est d'ailleurs dédiée aux soldats en Afghanistan et en Irak. Over There a été décrié par les deux camps, ce qui prouve sa forte identité. Les opposants à l'engagement en Irak ont fustigé l'absence (présumée) de parti pris, certains dénonçant même une fiction qui rend la guerre spectaculaire et donc fascinante. Les faucons, eux, se sont étouffés face à une série qui mine le moral du pays, soupçonnant un complot hollywoodien pour saper l'effort national. La presse a salué l'œuvre, non sans quelques réserves. Le New York Times a résumé la gêne provoquée par la série, qui montre enfin «les souffrances que les Américains ne remarquent pas», mais qui pourrait glorifier l'engagement par son esthétique léchée.

Pourtant, la position personnelle des auteurs se révèle assez limpide dans certains épisodes. Ainsi quand les Américains demandent l'avis de villageois sur le passage d'un pipe-line dans leur vallée, semant un désordre total dans le village par cuistrerie culturelle, avant de partir. Ou dans certaines répliques, entre autres: «La population des prisons en Irak a triplé depuis qu'on y est.» «On apporte la démocratie partout où l'on va.»

Dans le paysage audiovisuel américain, Over There raconte aussi la puissance des créateurs de séries. Alors que les studios de cinéma marchent sur des œufs face au traumatisme des attentats du 11 septembre 2001, la fiction TV plonge sans hésiter dans les plaies nationales.

Ce courage scénaristique est porté par le fait que Steven Bochco fait figure de poids lourd du milieu, ayant à son actif des épisodes de Columbo et surtout NYPD Blue, feuilleton policier triomphal. En outre, Over There a bénéficié de la concurrence qui secoue les télévisions américaines. L'ironie est qu'elle a été diffusée par la chaîne câblée FX, une filiale de Fox, volontiers va-t-en-guerre. Avec cette série aussi bien qu'avec Nip/Tuck ou Rescue Me, sur la vie des pompiers new-yorkais post-11 septembre, FX veut s'imposer en faisant feu de tout bois.

Une œuvre aussi risquée a ainsi trouvé son financement grâce à cette tension. Elle en est morte, aussi: avec une audience en dégringolade, elle n'a pas été reconduite au terme de la première saison. Le spectateur reste donc en rade avec les soldats paumés en Irak. Par exemple, Dim, l'intello, qui glisse un soir autour du feu: «Nous réglons toujours nos problèmes avec la violence. Pas seulement cette guerre, toutes nos guerres. Et une fois terminé, nous demandons le pardon, la compréhension, la paix...»

Over There. Sur Canal+ le jeudi soir. En DVD zone 1. Bande originale: anglaise (DD 5.1), espagnole. Sous-titrage: français, espagnol. Fox.

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