Michelle Obama éclate de rire. «Il va me tuer quand il saura que j’ai dit ça!» Devant 15 000 personnes amassées samedi dans le Barclay’s Center à Brooklyn, l’ex-First Lady, vêtue d’un ensemble bleu roi une pièce, s’est laissée aller à quelques confessions. Lors d’un échange avec la diva cathodique Oprah Winfrey, elle a révélé, en parlant de la cérémonie de remise de diplôme de sa fille, que «Barack a cette manière si vilaine et bruyante de sangloter» quand il est ému. Elle l’a même imité. Le stade entier a gloussé.

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Charismatiques et puissantes

Michelle Obama était l’invitée d’Oprah Winfrey, la papesse de l’audiovisuel, animatrice pendant vingt-cinq ans de l’iconique The Oprah Winfrey Show. Oprah, comme les Américains l’appellent, également actrice et éditrice, est en tournée dans neuf villes, pour son Oprah’s 2020 Vision Tour. Un show bien américain centré sur le bien-être, et sponsorisé par Weight Watchers (WW), un programme pour perdre du poids. A chaque étape, elle a un invité de marque. Cette fois, à Brooklyn, c’était Michelle Obama. Beaucoup ont fait des heures de voiture ou d’avion pour venir voir les deux femmes. Des billets sont partis à des prix démentiels, atteignant parfois les 1800 dollars.

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Oprah Winfrey fait désormais partie des Américains les plus riches, avec une fortune estimée à 2,7 milliards de dollars selon Forbes. Quant à Michelle Obama, elle poursuit sa tournée de promotion pour son autobiographie Becoming, qui s’est déjà vendue à plus de 11 millions d’exemplaires. Production de documentaires sur Netflix (American Factory a remporté un Oscar dimanche), podcasts sur Spotify: elle est en train de bâtir un véritable empire avec son ex-président de mari, et tous deux ont déjà reçu des Grammy Awards. 

Deux Afro-Américaines qui enflamment les stades et font rêver des millions d’Américains. Deux divas charismatiques et puissantes, parties de presque rien, que beaucoup espéraient voir briguer la présidence des Etats-Unis. Le duo Oprah-Michelle ne pouvait qu’être prometteur. Sauf qu’il a d’abord fallu patienter et donner de sa personne. Je pensais, en achetant mon billet, assister à une conférence des deux femmes. Je me suis en réalité fait embarquer dans une aventure d’une journée, où il a d’abord fallu danser, méditer et faire des exercices, le tout en supportant une voisine sexagénaire exaltée, poussant, les bras levés vers le ciel, des «Yes! Yes! Thank you Lord!» toutes les trois minutes.

Tout a commencé par des sacs de jute posés sur chacun des sièges du stade. A l’intérieur: une barre chocolatée et un sachet de tortillas WW, un déodorant arôme vanille-poire, un shampoing, un stick de vaseline contre les peaux sèches et un gel douche eau de coco et fleur de mimosa. Et surtout, un drôle de cahier d’exercices Vision 2020. Votre vie en point de mire. Sur scène, un groupe tout en strass et en paillettes se déhanche. Il prône le bonheur par la danse. Nous voilà à devoir tous imiter les gestes, sur des chansons bien choisies, comme Beautiful Day de U2. Le stade se transforme en disco géante.

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Ne faire que ce que l’on veut

Retrouver confiance et lâcher prise: c’est le fil rouge de la journée. Her Royal Oprahness entre enfin en scène, accueillie comme une rock star. Elle puise dans son histoire personnelle. Celle d’une enfant illégitime, abusée, tombée enceinte à 14 ans à la suite d’un viol, qui a dû très vite se battre seule, avant de devenir la femme influente qu’elle est aujourd’hui. «La peur de l’échec est en fait souvent la peur du regard des autres si on échoue», dit-elle. «Ces personnes sont-elles à notre place? Ont-elles la moindre légitimité à nous critiquer? Non!»

On savait Oprah charismatique. Là, elle prend des airs de prêtresse-gourou. Où suis-je? En pleine cérémonie chamanique ou thérapie de masse? Devant moi, une blonde pleure. Oprah évoque ses problèmes de poids. Le sponsor principal n’est jamais bien loin. «Depuis que j’ai 50 ans, j’ai un principe: je ne fais rien que je n’ai pas envie de faire», lance-t-elle. Clameurs dans le stade.

Dans les premiers rangs, des personnalités, dont sa meilleure amie Gayle King, journaliste de télévision vedette, menacée de mort pour avoir osé évoquer l’accusation de viol contre Kobe Bryant, la star de la NBA tragiquement décédée. Ou encore l’actrice oscarisée Lupita Nyong’o. Mais c’est sur nos carnets d’exercices que nous devons avoir le nez rivé. Comment établir mon objectif bien-être pour 2020? Je coche des cases sans grande conviction. Les 15 000 spectateurs plongent désormais dans une séance de méditation. Je suis censée sentir des racines pousser sous mes pieds.

Puis Rachel Hollis, féministe, blogueuse, youtubeuse et auteure à succès à la voix criarde, arrive et distribue ses conseils de motivation. Crises d’angoisse, alcoolisme: elle aussi a eu un parcours compliqué. Aujourd’hui, elle invite à boire chaque jour l’équivalent en onces de la moitié de son poids en eau.

«Former les leaders de demain»

A l’heure du repas, chacun va chercher son lunch box, qui comprend un paquet de chips et deux sandwichs. Nous sommes désormais 15 000, sur nos sièges, à grignoter, un petit carton sur les genoux. Michelle Obama se fait toujours désirer. Il va d’abord falloir passer par les exercices d’aérobic de la très énergique Julianne Hough, danseuse et actrice qui a remporté à deux reprises Danse avec les stars. Puis, des policiers new-yorkais entrent en scène pour évoquer leur monumentale perte de poids. Celle que tout le monde attend apparaît enfin. Le stade s’enflamme. Très naturelle et pleine d’humour, à l’aise avec Oprah, Michelle Obama s’est prêtée au jeu de l’interview pendant près d’une heure.

Je n’ai pas épousé Barack pour qu’il me rende heureuse

Michelle Obama

Elle a parlé de ses filles, du fait d’être désormais seule à la maison avec «Barack» – «c’est vraiment bien!» –, de sa responsabilité vis-à-vis des jeunes – «je veux aider à former les leaders de demain». Elle a aussi fait allusion à ses difficultés à tomber enceinte et évoqué sa thérapie de couple. «Cela m’a aidée à comprendre que chacun est responsable de son bonheur. Je n’ai pas épousé Barack pour qu’il me rende heureuse. J’ai donc arrêté de me concentrer sur ce qu’il ne faisait pas, et commencé à réfléchir à ce que je devais atteindre moi», a-t-elle expliqué, assise dans un fauteuil. «Nous avons traversé une période difficile. Nous avons fait des choses difficiles ensemble et, maintenant, nous sommes allés au bout de cela. Quand je le regarde, je reconnais mon mari. C’est toujours l’homme dont je suis tombée amoureuse.»

Pressée de questions par Oprah, Michelle Obama a aussi adressé quelques piques à Donald Trump. «C’est facile de diviser, de faire peur aux gens, beaucoup moins d’accomplir quelque chose.» Sa phrase When they go low we go high (Quand ils tombent bas, nous nous élevons) est encore dans tous les esprits. A 56 ans, l’ancienne première dame, toujours sur le ton de la confession intimiste, a aussi parlé de son corps qu’elle assume, se moquant gentiment de celles qui ont toutes les «mêmes lèvres».

Le duo a fonctionné. Michelle Obama peut quitter la scène, très applaudie. Oprah a encore quelques conseils à donner. Elle évoque, la gorge serrée, la mort de sa mère peu aimante, à qui elle est finalement arrivée à dire «Je t’aime». Puis, le stade entier est invité à prononcer ces mots: «I can! I will! Watch me!» (Je peux! Je le ferai! Regarde-moi). «Yes! Thank you, Lord!» crie une dernière fois ma voisine.


Des cantines scolaires moins saines

Assiste-t-on au retour des frites dans les cantines scolaires américaines? Michelle Obama a eu une mauvaise surprise le jour de son anniversaire, le 17 janvier. Après un premier coup de massue en 2018, Donald Trump s’en prend une nouvelle fois à ses directives pour des repas plus sains dans les écoles. Avec son plan Let’s Move! et le potager installé à la Maison-Blanche pour donner l’exemple, Michelle Obama avait fait de la lutte contre l’obésité infantile un de ses objectifs. Le thème lui tient particulièrement à cœur. Aux Etats-Unis, près de 14 millions d’enfants sont touchés. Désormais, le Ministère de l’agriculture est en train d’amorcer un retour en arrière, pour permettre aux écoles de décider plus librement de la quantité de fruits et de légumes à inclure dans les repas. La frite pourrait vite chasser le pois mange-tout. Le but officiel est de réduire le gaspillage. Le président a-t-il choisi la date de l’annonce à dessein, comme un ultime pied de nez à l’ex-First Lady? C’est ce que pensent certains démocrates. Michelle Obama n’a pour l’instant pas réagi. Sam Kass, directeur exécutif de la campagne Let’s Move!, l’a fait pour elle: «Avec un enfant sur trois en voie de diabète, il est inadmissible que l’administration Trump aille dans le sens de l’industrie de la pomme de terre et de la malbouffe.»