Tabagisme

San Francisco interdit la vente de cigarettes électroniques

Pour être vendue dans cette ville californienne, une cigarette électronique devra avoir reçu le feu vert de l'agence sanitaire fédérale. L'objectif de ce moratoire est de préserver les jeunes des ravages de la nicotine

Le cannabis oui, le vapotage non: San Francisco (Californie) est devenue mardi la première grande ville américaine à interdire sur son territoire la vente des cigarettes électroniques. L'ordonnance adoptée à l'unanimité par le conseil municipal met ainsi en avant la nécessité d'agir face à la «hausse impressionnante» du vapotage chez les jeunes qui a des «conséquences significatives sur la santé publique».

Le texte adopté par les élus précise que pour être vendue à San Francisco - dans une boutique ou via internet - une cigarette électronique doit au préalable avoir reçu le feu vert de la FDA, l'agence sanitaire fédérale, or cette dernière n'en a approuvé aucune jusqu'à présent.

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«Ce moratoire ne serait pas nécessaire si le gouvernement fédéral avait fait son travail», a estimé le procureur de San Francisco, Dennis Herrera, se félicitant de cette mesure. «Les cigarettes électroniques sont un produit qui, selon la loi, ne peut être commercialisé sans un examen de la FDA. Pour une raison quelconque, la FDA a refusé jusqu'à maintenant de respecter la loi.»

Une augmentation du nombre de jeunes vapoteurs

L'ordonnance municipale s'applique aussi aux produits à base de tabac aromatisé mais elle ne va pas jusqu'à punir la possession ou l'usage de cigarettes électroniques, contrairement à Singapour qui a mis en place une interdiction stricte de ces produits l'an dernier. Chaque infraction constatée serait notamment passible d'une amende de 1000 dollars.

La maire démocrate de San Francisco, London Breed, a d'ores et déjà fait savoir qu'elle ratifierait l'ordonnance sous dix jours. Le texte devrait effectivement entrer en vigueur sept mois après sa signature, début 2020. Les fabricants de cigarettes électroniques «ciblent nos enfants avec leur publicité et les rendent accros à des produits à la nicotine», a accusé London Breed mardi avant le vote, estimant que la ville devait «agir pour protéger la santé de la jeunesse».

La ville de San Francisco s'inquiète explicitement dans son ordonnance de l'exposition à la nicotine durant l'adolescence qui «peut endommager un cerveau en développement» et «aussi augmenter le risque d'une future dépendance à d'autres drogues».

Selon les dernières statistiques officielles, le nombre de jeunes Américains utilisant des cigarettes électroniques a pourtant augmenté d'un million et demi en 2018, mettant à mal des années de lutte contre le tabagisme dans les lycées et collèges. Au total, la proportion de vapoteurs est passée de 1,5% à 20,8% chez les lycéens de 2011 à 2018, tandis que le tabac «combustible», sous toutes ses formes, tombait de 21,87% à 13,9%. Environ 5% des collégiens disaient vapoter l'an dernier.

Une porte ouverte au marché noir, selon Juul

Les autorités sanitaires critiquent notamment le leader du secteur pour le marché américain, Juul, accusé de laxisme face aux jeunes qui prisent ses produits, de la taille d'une clé USB et aux saveurs attractives.

«Nous avons déjà mis en oeuvre les mesures les plus énergiques dans l'industrie pour empêcher nos produits de tomber dans les mains des mineurs et nous allons continuer», s'est défendu Juul dans un communiqué transmis à l'Agence France-Presse (AFP).

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La start-up, dans laquelle Altria, le fabricant de Marlboro, a massivement investi fin 2018, a son siège à San Francisco. Les cigarettes électroniques contiennent de la nicotine et d'autres produits, mais pas les substances des cigarettes traditionnelles reconnues comme cancérigènes. Leur effet à long terme sur la santé est en cours d'étude. Les fabricants arguent que pour les adultes déjà fumeurs et déjà dépendants à la nicotine, vapoter apporte un bénéfice de santé net.

Pour Juul, «la prohibition intégrale» décidée à San Francisco va simplement empêcher les adultes fumeurs d'utiliser ses produits et «créer du marché noir», «au lieu de réellement s'attaquer aux causes» du vapotage chez les jeunes.

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