Portrait

Sandra Korol, territoires intérieurs

Elle est comédienne, écrivain, auteure de pièces de théâtre. Passionnée par la psyché humaine, elle s’est formée à l’hypnothérapie. Y débusque notre intelligence profonde

Elle avait dix ans, montait déjà sur les planches. C’était à Villars-sur-Glâne. Elle jouait le rôle du Petit Prince de Saint-Exupéry, revisité par Emile Gardaz. «Je trouvais ça drôle d’être prise pour un garçon», se souvient Sandra Korol. Heureuse, aussi, d’être sur le devant de la scène face à un nombreux public.

En classe, à Fribourg, elle était la seule à ne pas être baptisée. «Quand le curé venait donner le catéchisme, je devais aller au fond de la classe et me faire oublier.» Plus tard, le même genre d’injonction au Conservatoire de Lausanne: «Mademoiselle, vous n’avez rien à faire dans le monde du théâtre!» «Alors j’ai décidé d’inventer le mien», dit-elle. Avec succès. Elle a, à ce jour, écrit seize pièces, dont KilomBo et TsimTsoum montées au théâtre de Vidy, et reçu huit prix d’écriture.

Une obstinée. Son regard qui fixe, sonde, perce, le prouve. Et puis il y a ses mains, agiles, qui dansent autour du visage, peignent les mots. Sandra Korol est née à Genève d’un père russo-argentin et d’une mère suisse. Elle cite Borges (mort à Genève): «Il disait: «Les Argentins sont des Européens nés en exil.» Dans les années 1970, Genève était à la pointe en ophtalmologie. Son père, chirurgien à Buenos Aires, est venu se spécialiser. Il y a rencontré une orthoptiste saint-galloise, n’est jamais reparti.

Répondre à l'appel

Sandra a vécu une enfance libre à Lully, à la campagne, parmi les vignes, dans un havre de HLM «très classe moyenne et métissé.» Puis il y a ce saut dans le temps et l’espace: Fribourg, où son père est nommé chef de clinique. Nouveau rang social, un cran plus élevé que le précédent, leçon de piano et d’équitation. La représentation entre dans sa vie. Ce qui l’agite aujourd’hui (la mémoire, la construction de l’identité, l’exil, l’humanité profonde en nous), ce qui la pose aussi (réfléchir, écouter, écrire, enseigner) émane en partie de cette affectation et de ce mouvement familial.

Devenir actrice, son rêve d’enfance, est remisé, mais reste fiché dans un coin de sa tête. Un peu de philo et de droit à l’Uni de Fribourg mais elle ne sera ni avocate, ni criminologue, surtout pas affairiste. Elle lit Jung, Freud, s’enquiert de ce qu’elle appelle «les mystères de la vie.» Le théâtre la rattrape, elle répond à l’appel. Dès sa sortie du conservatoire, elle explore parallèlement la scène et la télévision. Elle collabore à FaxCulture, anime des émissions pour la jeunesse comme Pop Corn et Lire Délire, sur la TSR. Un jour, elle s’inscrit à un concours d’écriture lancé par la Société suisse des auteurs et Espace2. Sa prose séduit. Elle gagne une résidence d’écriture d’un mois à Vandœuvres, pleure 28 jours «parce que ça ne venait pas», ne lâche pas la plume les trois derniers jours. Elle ne s’arrête plus. En 2003, Sandra Korol va écrire là-bas, en Argentine. Elle rédige KilomBo: un dialogue entre deux femmes parmi les immondices «parce que les femmes sont les premières à recycler les ordures et celles qui déblaient pour libérer la terre et que la vie reprenne.»

Un trauma est un enseignement qui n’est pas allé jusqu’au bout. Une fois le message délivré, quelque chose se libère.

Auteure et actrice, Sandra Korol aime à transmettre. Elle dirige depuis cinq ans des ateliers d’écriture. Public cible: les professionnels, écrivains, comédiens, réalisateurs, «mais surtout tous ceux qui rêvent d’achever une fiction, quelle qu’elle soit.» Comprendre les structures de base et se débarrasser du sentiment d’illégitimité. «Je dis à ces gens: faites la paix avec vous-mêmes. Avec eux, je travaille moins une écriture qu’une réécriture, par une immense respiration et les murmures du cœur.»

Hypnose humaniste

En 2005, très éprouvée par le décès de son père, elle plonge dans l’étude de la psyché humaine. Férue de psychologie, elle se forme au coaching et à l’analyse transactionnelle. Et une drôle de chose lui arrive. Lors de ses séances de thérapie brève, elle met ses clients sous hypnose sans le vouloir. «Les gens me confiaient alors: «Je me sens mieux, mais j’ai oublié ce que l’on a dit!» Elle a affiné son aptitude innée en se formant à l’hypnothérapie auprès d’Olivier Lockert, fondateur de l’hypnose humaniste, qui a ouvert, en 1995 à Paris, l’Institut français d’hypnose ericksonienne. Elle se spécialise dans l’accompagnement des adultes à haut potentiel intellectuel et des personnes LGBT +.

Ses clients, adultes et enfants, «ont en commun une profonde perte de sens, quelque chose de métaphysique, et il y a aussi beaucoup de peurs». Elle souligne que l’hypnose, qui est un état dans lequel on se retrouve naturellement plusieurs fois par jour, permet à tout un chacun d’aborder et de soigner ses souffrances. «Lorsqu’on se trouve dans un état de conscience augmenté, particularité de l’hypnose humaniste, une intelligence profonde se manifeste. Il est alors possible de décoloniser et de soigner nos territoires intérieurs par la seule puissance de notre imagination.» Dépollué, le terrain refleurit de lui-même. Elle ajoute: «Un trauma est un enseignement qui n’est pas allé jusqu’au bout. Une fois le message délivré, quelque chose se libère.»


Profil

1975 Naissance à Genève.
1996 Etudes de comédienne au Conservatoire d’art dramatique de Lausanne.
2003 Décès de son père.
2010 Ouvre son cabinet de coaching et thérapie brève à Lausanne.
2014 «Je m’appelle Jack», pièce sur la transidentité, présentée à Lausanne.
2016 Diplôme d’hypnothérapeute.

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